The Batman

Que peut-on attendre d’un film dont le générique met l’emphase sur le directeur de la photographie, l’auteur de la bande son, et une ribambelle de cascadeurs ? Certainement pas un chef d’oeuvre. Mais un film d’action somme toute assez banal, et qui, sous prétexte qu’il revisite une légende, finit par lasser au bout de presque trois heures.

Cela vous paraît exagéré ? Vous pensez que mes propos sont exagérément critiques, envers ce film ? Allez donc lire ce qu’en dit Le Monde.

Ou, si vous accepté d’être un peu « spoilé », lisez ce qui suit.

Attention, spoil

Donc je le répète une dernière fois, si vous ne souhaitez pas être « spoilé », allez voir d’abord le film et vous lirez la suite de cet article.

Sinon, voici le fond de ma pensée.

Trois raisons pour aller voir ce film

Soyons tout d’abord positif: il y a trois raisons qui peuvent vous pousser à aller voir ce film. La première, c’est une séquence très bien ficelée, une cours de voitures comme on en voit dans tous les Batman, sauf que celle-ci est vraiment très bien réalisée, en tout cas moins abracadabrante que celle de Superman vs. Batman que je viens de revoir ce soir.

La seconde, c’est une bagarre filmée dans l’obscurité, où l’on n’aperçoit que quelques échanges de coups au bénéfice des éclairs des tirs d’armes à feu. La séquence est d’une beauté glaciale, et je comprends pourquoi le directeur de la photographie paraît en si bonne position au générique.

La troisième, c’est l’esthétique de ce batman, beaucoup moins high-tech que ses prédécesseurs, peut-^être plus kitsch par certains aspects : moins d’effets spéciaux apparents, pour un peu plus d’humanité dans ce Bruce Wayne là. Et cela s’illustre jusqu’à cette scène magnifique, où Batman s’envole dans une séquence de skydiver du plus bel effet…

Et puis c’est tout

Et trois pour se passer de cette version…

Malgré tout le bien qu’on peut penser de Matt Reeves, qui a revisité avec succès d’autres films à thèmes, comme la Planète des Singes, son Batman n’atteint pas les sommets trois volets de la série du Dark Knight, qui s’intéressait autant au super-héros qu’à ses adversaires.

Ici, l’adversaire principal, le Riddler – le Sphinx dans les comics en français – pèche par sa banalité. Au bout de quelques meurtres, on a l’impression de nager dans un sombre remake de Seven et non dans un film de super-héros. Cela aurait pu constituer un atout finit. Mais en réalité, cela finit par tourner le film en ridicule. Notre super bad guy enchaîne les énigmes les plus complexes et les plus tarabiscotées, que notre héros – et son acolyte – résolvent du en un rien de temps, sans que le film ne nous laisse le temps, ni l’envie, de réfléchir ensemble à une solution… Quand, dans un film de presque trois heures, ces séquences là sont bâclées en moins de sept secondes, c’est qu’il y a un problème. Et que la résolution de l’énigme, pourtant centrale dans la personnalité du super méchant, n’a finalement que très peu d’importance

Alors qu’est ce qui a de l’importance dans ce film ? La musique ? Ok, on a droit à quelques passages de l’Ave Maria de Schubert. Mais cela ne suffit pas à faire une grande bande son. Quand Kubrick décorait des films comme Barry Lyndon ou Orange mécanique d’une bande son tirée du répertoire classique, cela correspondait à une intention majeure, cela faisait partie du film. Ici, on a juste droit à un pseudo-décorum musical, censé relever le niveau du reste de la bande son, qui nous accompagne tout au long du film – sauf un break de trente secondes – comme dans un film de Tony Scott. Résultat : un mal de crâne assuré en sortant de la salle.

Est-il besoin d’en rajouter ? Le scenario abracadabrant de cette enquête policière nous fait enfin découvrir la personnalité du vilain aux trois-quarts du film, avant que son véritable dessein ne s’exprime sous nos yeux : la destruction finale de Gotham. De pathétique, ce Batman tourne au ridicule.

Décidément, j’ai de plus en plus de mal à apprécier les films de super héros. Et j’adhère de plus en plus à la définition qu’en aurait donné Martin Scorcese, comme le rapporte Le Monde :

« Avant, il y avait des films de studio. Maintenant, il y a Marvel Pictures. Et c’est quoi un film Marvel ? Un film Marvel, c’est un prototype de film qui est dupliqué à l’infini. Un film qui est fait encore et encore et encore et encore, pour avoir l’air un peu différent. »

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