Start-up (conster)nation

Quand la start-up nation tousse, le gouvernement s’enrhume. À force de vouloir conduire l’état comme on mène une start-up, le Président de la République risque de tomber de plain pied dans ce qui pénalise la croissance de ce type d’entreprise: l’instabilité permanente. Après le responsable CHSCT il y a quelques jours, c’est en effet le responsable de la sécurité et du SI qui vient de lâcher la start-up Macron..


Body language ?

Au suivant

Après la vacance de Mr Hulot, c’est au tour du ministre de l’Intérieur, cette fois, de claquer la porte, et dans une cacophonie qui rappelle plus l’ambiance des jeunes pousses que celle des cabinets feutrés de la République: un jour oui, un jour non, on ne sait plus trop où donner de la tête. Ce que vit le sommet de l’état s’apparente à ce qu’ont vécu des entreprises comme Twitter, qui une fois la première euphorie passée et qu’on est rentré dans le dur, voient les mercenaires retourner à leurs premières amours. Gérard Collomb, dont on se souvient qu’il avait écrasé une larme au soir de l’élection de son jeune poulain, n’aura donc pas tenus plus d’un an et demi en tant que ministre de la république. Pour quelqu’un dont on disait qu’il attendait ce type de poste depuis belle lurette, il y aurait de quoi être déçu, non?


Pas vraiment, si on se projette dans l’univers des start-up. Les start-up, ça fait rêver. Tout le monde (ou presque) a imaginé un jour faire le grand saut: quitter le poste en or dans cette multinationale installée à la Défense ou ailleurs, pour rejoindre une équipe de jeunes bien sympathiques, prêts à se retrousser les manches pour aller se confronter à des concurrents plus expérimentés, mais aussi plus lourd à manoeuvrer. J’imagine assez bien que c’est avec cet état d’esprit que des centaines de supporters sont venus rejoindre les rangs de La République en Marche.

L’envers des start-up

Oui, mais dans la réalité, une start-up, c’est très dur. C’est ordre, contre-ordre, désordre durant les premiers jours. C’est 15 à 20 heures de travail par jour. Beaucoup de sacrifices. Quelques prises de têtes et de belles engueulades avec celles ou ceux que vous pensiez être vos meilleurs amis. C’est une overdose d’adrénaline en mode 24/7.

De la même manière, un parti politique en mode start-up, ce n’est pas un parti politique en mode « grande entreprise ». Tout le travail réalisé pendant des décennies par un PS, un PC ou un RPR (ou UMP si vous préférez), pour construire des carrières, des réseaux d’entraide, des systèmes de valeur, et bien un parti en mode start-up n’en bénéficie pas. Du coup, à la moindre déception, à la moindre contrariété, comme dans une start-up, certains – plus habitués à des carrières plus tranquilles – préfèrent retourner à la tranquillité d’un job peinard.


Body language, acte 2

C’est difficile de lutter contre ce type de comportement. Pour y parvenir, il faut que la start-up réussisse son projet, et parvienne à créer le cadre, le système de valeurs, où les salariés se retrouvent, au-delà de l’ambition personnelle. Il faut donner l’envie d’avoir envie, comme le disait si bien Johnny. On peut tenter d’y parvenir de différentes manières: par la justesse de la cause (nous allons rendre le monde meilleur, voire le sauver: JFK), par la création d’un sentiment d’adversité (nous luttons contre le reste du monde: Kim Jong Un), par l’ambition (nous seuls pouvons y parvenir: Macron), mais ça ne marche pas à tous les coups.

Eloge de la QVT

Ces temps-ci, la mode consiste, plus prosaïquement, à proposer du bonheur. C’est la tendance des Chief happyness officer, des Great place to work et tutti quanti.

Peu-être Emmanuel Macron devrait-il s’intéresser à la QVT, et essayer de rendre ses ministres heureux: il aurait une chance de les garder près de lui plus longtemps…

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