Six mois sous la botte
Les livres écrits pendant les événements tragiques de la seconde guerre mondiale ou peu après qu’ils se soient déroulés offrent souvent un éclairage particulier sur cette période. Ils paraissent plus pur que des essais ou des récits rédigés plusieurs années plus tard, alors que la mémoire n’est plus aussi fraîche, et que les événements plus récents influencent la perception de ce qui s’était réellement passé. C’est la raison pour laquelle Si c’est un homme ou l’Histoire d’un Allemand sont si intéressants.
Six mois sous la botte fait partie de cette même famille de livres écrits comme un témoignage à chaud. Écrit par Paul Ghez, avocat juif tunisien et cadre de la communauté tunisienne, il permet de suivre le déroulement des échanges entre les représentants de cette communauté alors forte de quelque dizaines de milliers d’individus, et les chefs des forces allemandes qui occupèrent la Tunisie de novembre 1942 à Mai 1943.
Officier français, Paul Ghez est démobilisé après la débâcle de 1940, et retourne en Tunisie pour aider les juifs de Tunisie à traverser ces temps troubles. Bien lui en prit, car il se retrouva aux avant-postes lorsque les Allemands pénètrent à Tunis, et réclamèrent quelques milliers d’hommes pour servir comme ouvriers, au sein des infrastructures militaires qu’ils souhaitaient mettre en place à Tunis, Bizerte et dans d’autres lieux plus reculés.
Ghez fit alors usage de son talent de négociateur et d’organisateur pour, d’une part, tenir tête aux officiers SS et à leurs demandes insensées, et d’autre part convaincre les membres de la communauté de faire profil bas afin de ne pas exposer inutilement leur vie, ou celle de leurs coreligionnaires, parfois pris en otage par les forces allemandes lorsque leurs demandes ne sont pas immédiatement exaucées.
Écrit dans un style quelque peu grandiloquent, sans doute propre à cette époque et à l’éducation que reçut Ghez, ce livre richement et abondamment annoté par Claude Nataf permet de mieux comprendre tout ce qui s’est passé durant ces six mois, tout en gardant à l’esprit que l’issue de ces événements aurait pu être bien plus terrible.
Cette histoire, c’est aussi un peu celle de ma famille. Mon grand père fit en effet partie de ces quelques milliers de malheureux envoyés dans des camps de travail par les Nazis – il n’avait qu’un peu moins de 30 ans, et entrait parfaitement dans les critères de sélection. Il s’en échappa à la faveur d’un bombardement allié qui coûta la vie à certains de ses camarades, et retourna naïvement à Tunis, où il échappa une seconde fois aux Allemands en se cachant dans un puits…
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec
















