Ce que les Maximes des Pères nous disent des réseaux sociaux
J’ai déjà évoqué sur ces pages mon intérêt pour les Pirkei Avot, les Maximes des Pères qu’on a la tradition de lire tous les shabbat entre Pessah et Chavouot. Ce sont des recueils de maximes empreints d’une morale universelle, facilement abordable, qui s’applique à plein de sujets et son bien plus modernes qu’on ne le pense.
Bien sûr, il arrive fréquemment que nos rabbins fassent un petit discours – ou plutôt un sermon, comme on dit dans d’autres paroisses – s’inspirant d’une des maximes. C’était le cas samedi dernier, et bien qu’il m’arrive de plus en plus souvent de piquer un petit somme durant ces interventions – je n’y peux rien, c’est dans ma nature de m’endormir depuis une fameuse session APM – je garde une oreille plus ou moins attentive, capable de réveiller mon intérêt à la prononciation de certains mots-clés.
Samedi dernier, donc, le rabbin qui officie au Centre communautaire où j’ai récemment pris mes habitudes avait décidé d’axer une de ses deux interventions hebdomadaires sur l’une des maximes, et d’en tirer un enseignement sur l’usage des réseaux sociaux. Il avait d’ailleurs ajouté à la fin de sa phrase « … pour les jeunes », mais je suis certain que cela s’applique à tout le monde. C’était donc au verset 21, dont je reprends la traduction proposée par Rivon Krygier sur le site Sefaria:
רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר אוֹמֵר, הַקִּנְאָה וְהַתַּאֲוָה וְהַכָּבוֹד, מוֹצִיאִין אֶת הָאָדָם מִן הָעוֹלָם:
Rabbi Elâzar Ha-kapar disait: «La jalousie, l’ardeur du désir, et la recherche des honneurs expulsent l’homme hors du monde.»
La jalousie, n’est ce pas le fait même de la multitude de posts censés exciter la jalousie de nos prochains, à force de photos de vacances, de selfies avec des stars ou des bimbos, ou des photos de notre dernier achat, évidemment avant tout le monde ? L’ardeur du désir, n’est ce pas exactement le moteur économique des modules publicitaires utilisés par toutes les plateformes, de Facbook à Instagram en passant par LinkedIn ou TikTok ? La recherche des honneurs, cela ne vous semble pas être le quotidien de vos parcours sur des réseaux sociaux comme LinkedIn, où l’on navigue entre les « J’ai l’honneur de … », ou les « Je suis ravi de … » ?
Cela m’a foutu un sacré cafard. Rétrospectivement, je me suis dit que durant la période de mon agence, de 2008 à 2021, j’ai passé des années de ma vie à faire la promotion d’outils dont l’intérêt me semblait évident, mais que je n’avais encore jamais analysés à l’aune des Pirkei avot. Par ma faute, à mon humble échelle, j’ai pu contribuer à éloigner des individus de ce monde, en les expédiant vers un univers peuplé de jaloux, d’envieux et de narcissiques ? Sans parler de la haine qui suinte et se diffuse à chaque post publié par Jean-Luc Mélenchon et sa clique…
Vivement la retraite, que je débranche tout ça…
PS : heureusement, il existe encore quelques comptes intéressants sur les réseaux sociaux, comme la page Facebook de Bob Bnk, ou le compte Twitter Fermat’s Library…
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec












