Les chemins de la défense

C’est un peu par hasard que je suis tombé sur Les chemins de la défense, en faisant la connaissance de son auteur Jacques Bongrand, dans le cadre d’IESF. Écrit il y a une quinzaine d’années, son livre mériterait de passer entre les mains de tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, à cet univers. Il y décrit de manière synthétique, les principes fondamentaux qui permettent d’établir la politique de défense : l’industrie, la recherche, le financement, le renseignement et la gouvernance, sans oublier les facettes récentes comme la politique de coopération ou la vente d’armes auprès d’autres nations. Il constitue ainsi une sorte de vade mecum pour toute personne appelée à disposer d’une vue globale du secteur.

Le livre met l’accent sur les particularismes de la défense à la française, par comparaison à nos voisins européens ou notre grand allié américain. Il replace les enjeux dans le contexte actuel, postérieur à l’explosion du bloc soviétique, et dans une Europe qui hésite encore à établir une véritable politique de défense commune. Il établit avec clarté les enjeux d’une programmation militaire qui ne peut plus se faire sans tenir compte du rôle te de la place que la France tient dans de nombreux projets tant de recherche, que de développement de programmes communs (hélicoptères, satellites d’observation ou drones), ou de théâtres d’opération où il est de plus en plus rare que nos troupes interviennent seules. Il présente avec rigueur la complexité du calcul du coût d’un programme, et éduque le lecteur innocent ou naïf sur certains aspects pourtant fondamentaux.

Sans fournir de détails trop précis sur tel ou tel sujet exposé – on sent, chez Jacques Bongrand, la capacité, qu’il attribue aux personnels du renseignement de s’exprimer par allusion – l’auteur décrit de manière claire les différentes catégories d’individus qui interagissent dans cet univers, leur profil psychologique tout autant que leurs responsabilités ou leurs enjeux de carrière, permettant ainsi de mieux percevoir les évolutions nécessaires pour former la défense de demain.

C’est sur ce point particulier que le livre fait peut être un peu défaut: la défense de demain. Les quinze années passées, avec la montée en flèche des actions terroristes et le point de bascule de 2015, mettent en évidence les limites de la prospective, dans un secteur aussi sensible que la chose militaire. Cela n’empêche absolument pas ce livre, néanmoins, d’être une sorte de bible à l’usage aussi bien du néophyte, qui sortira de sa lecture un peu moins niais, que du professionnel qui souhaiterait élaborer une vision un peu plus globale de ce domaine.

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