Le cimetière des grands projets
On parle souvent des projets réussissent, on oublie encore plus souvent les innombrables projets qui finissent dans la poussière de l’oubli. C’est normal et cela fait partie de la vie des entreprises : un projet qu’on lance requiert de lourds investissements en comm et marketing, pour faire monter le buzz, alors qu’un enterrement, même de première classe, fait rarement la une des médias. j’en veux pour illustration trois grands projets caractéristiques de notre époque, passés plus ou moins rapidement de vie à trépas.
Bye bye, metaverse
Commençons par le plus ancien, le metaverse version Facebook. Lancé en grande pompe, à une époque où Ready Player One avait séduit les esprits et où on se demandait qu’est ce qu’on pourrait bien foutre à la maison pendant des confinements à répétition, par un Mark Zuckerberg qui en avait profité pour changer le nom de la maison mère de Facebook à Meta, le metaverse version Facebook a connu ses dernières heures il y a quelques jours. Meta l’a annoncé sur son blog : Horizon Worlds sera retiré des casques Quest le 15 juin 2026. L’app disparaît du Quest Store le 31 mars et il n’en reste plus qu’une version mobile uniquement. C’est bien sûr de la langue de bois corporate pour ne pas dire on ferme, mais on sépare les éléments pour se consacrer à d’autres sujets …
Bilan des courses : quelques dizaines (on parle de 70 ou 80) de milliards de dollars partis en fumée. Bien évidemment, si Mark avait consulté votre blog préféré, il aurait immédiatement compris qu’un tel concept ne peut pas encore prendre auprès du grand public. La réalité virtuelle, ça marche 5 ou 10 minutes, selon les organismes, après, ça provoque des nausées et des vertiges que seuls les pilotes d’avions de combat sont prêts à endurer, et encore… Mais que voulez-vous, Zuckerberg était sans doute trop jeune pour se souvenir de l’échec cuisant de Second Life.
The Line
Présenté à peu près à la même époque que le metaverse Facebook, The Line était un projet pharaonique, lancé par l’Arabie saoudite, qui souhaitait alors construire une cité futuriste en plein désert. Il s’agissait d’une ville construite sur une ligne droite gigantesque, séparée par deux parois en miroir de 500m de hauteur, s’étendant sur 170km de long et environ 200m de large. Un truc de dingue, dont vous avez sans doute pu voir des simulations au cinéma, entre deux bandes annonces.
Bien évidemment, un tel projet coûte cher, très cher, et même apparemment trop cher même pour la principale pétromonarchie du Golfe. Certains mettront sans doute la placardisation du projet Neom et de The Line sur le compte du développement de la voiture électrique et le déclin des revenus issus de des hydrocarbures, d’autres se contenteront de remarquer les problèmes sécuritaires que pose une telle topologie. Dommage, ça aurait été sympa de faire un ultra trail en plein désert sur 170km…
Sora
Quittons les années post-covid et projetons-nous à une époque plus récente, avec Sora, le projet monté en commun par OpenAI et Disney. Bénéficiant également d’un lancement en grande pompe par les deux entreprises, ce projet devait permettre au grand public de se familiariser avec des usages rigolos de l’IA. C’était sans doute un moyen, pour l’un des leaders de la tech, de se débarrasser momentanément de sa réputation de fossoyeurs d’emplois, et de charmer ces milliards de pèquenauds qui ne savent pas encore comment se servir d’un LLM, mais savent parfaitement faire la distinction entre un canard qui parle et un lion qui se prétend roi de la jungle…
Las, le projet a pris fin très récemment, dans une approche très Silicon Valley, Disney, tout comme l’équipe Sora chez OpenAI, l’apprenant par voie de presse plutôt que via une communication en interne. Sam Altman a peut-être jugé qu’il valait mieux, contrairement à Facebook, mettre fin aux projets dispendieux avant qu’ils ne plombent les comptes.
Build fast fail fast n’est-il pas, après tout, l’une des recettes de la réussite des start-up les plus en vue ?
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec













