Joseph Sitruk

C’est une figure emblématique de la communauté juive qui s’est éteinte aujourd’hui. Joseph Haim Sitruk – Rav Sitruk comme beaucoup l’appelaient – fut en effet Grand Rabbin de France durant trois mandats successifs, de 1987 à 2008. Trois septennats: mieux que Mitterrand. Il échoua à la veille du quatrième mandat: l’élection de 2008 fut d’ailleurs un sujet abordé sur ce blog, à l’époque.

Né à Tunis, Sitruk n’était pas le premier Grand Rabbin de France sépharade, puisqu’il succéda à René-Samuel Sirat. Mais il a incarné un changement majeur au niveau de cette fonction. Personnage médiatique, charismatique même, il n’hésitait pas à s’impliquer dans diverses actions communautaires pour être au plus près des fidèles. Des milliers de personnes ont assisté à ses « cours » (je parlerais plutôt de prêches) à la grande synagogue de la Victoire, et il a tenu pendant longtemps une rubrique hebdomadaire sur les ondes des radios juives. Je l’ai vu lors de cérémonies de mariages organiser lui-même rondes et animations.

Auteur de quelques ouvrages, le Rav Sitruk était doté d’un sens de l’humour développé, et d’un goût prononcé pour les calembours, comme le « Ness » qu’a fait Hachem (Ness signifiant miracle, et hachem désignant l’Eternel). Il avait aussi un sens de la répartie affûté, comme vous pouvez le constater lors de son pssage chez Ardisson il y a quelques années !

A côté de ces rondeurs, Joseph Sitruk était néanmoins un fervent défenseur d’une orthodoxie pure et dure. Il n’a pas été, loin s’en faut, un adepte d’une approche prosélyte du judaïsme. Autrement dit, il était plutôt difficile, sous les trois mandats qu’il a exercés, de se convertir au judaïsme. Nombre d’enfants issus de mariages mixtes auraient pu rejoindre les rangs de la communauté juive, pourtant peu nombreuse. Comment accepter que les lois de Vichy englobent une frange de la population qu’une certaine orthodoxie laisserait sur le côté du chemin? Je ne l’ai jamais compris.

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