Et si vous souteniez la Prépa Emc2-Hadamard ?

J’ai rarement évoqué la prépa Emc2 Hadamard sur ce blog. À l’occasion des prochains concours d’admission aux grandes écoles, et de la préparation de la rentrée 2020-2021, qu’il me soit permis ici de réparer cet oubli.

Emc2 Hadamard, c’est quoi ?

Cette prépa privée associative a été lancée il y a maintenant deux ans, par un collectif parents aux parcours scientifiques, inquiets de voir la difficulté éprouvée par les élèves souhaitant concilier études scientifiques et pratique religieuse, à trouver une classe préparatoire fermée le chabbat, ou acceptant l’absence des dits élèves le samedi. Ces parents, tous bénévoles, ont créé l’association qui a lancé la prépa à la rentrée 2018-2019, il y a à peine deux ans.

Je me souviens qu’à mon époque, ce n’était pas aussi difficile de concilier ces deux sujets. Si je me souviens bien, il y avait une ou deux classes préparatoires scientifiques fermées le samedi au Lycée Chaptal. J’y ai retrouvé plusieurs élèves venus de l’école Yavne, à l’époque où je donnais des colles de maths. Des noms me reviennent : David Maruani, David Schuldenfrei, Hélène Benhamou, Richard Wajznberg. Tous ont intégré d’excellentes écoles : Centrale, Normale Sup, pour deux d’entre eux. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus (LinkedIn pourrait aider…), mais je me souviens que pour eux, cela ne posait pas de problème. D’autres élèves croisés à Louis-le-Grand n’allaient pas en classe le samedi. En ce qui me concerne, j’acceptais d’enfreindre le chabbat durant ce deux années : les interrogations de physique avaient lieu le samedi en sup. En spé, je n’écrivais pas, et mon voisin de table, Nicolas Deschamps, me donnait ses notes pour que les recopie le dimanche…

Autre époque, autres moeurs. Il est devenu impossible de rater les cours pour motif religieux, hormis pour Roch Hachana et Kippour. Les élèves juifs pratiquants ayant un bon niveau en maths et en physique doivent alors s’orienter vers d’autres parcours : la fac, ou les études en Israël. C’est un véritable gâchis. La prépa Emc2 est venue remédier à ce problème, en dispensant des cours d’un excellent niveau, tout en restant fermée à partir du vendredi après-midi et les jours de fêtes juives. La prépa est évidemment ouverte aux élèves de toute confession – et sans confession aussi.

Soutenir une prépa ?

Comme il s’agit d’une création de classes préparatoires scientifiques, cet établissement est privé et associatif. Or l’enseignement supérieur de qualité a un coût, non négligeable. Une année de scolarité coûte à l’état 15000 euros par élève (données du ministère de l’enseignement supérieur). Ceux-ci paient donc leur scolarité, pour un tarif à peine plus élevé que celui prodigué par les principaux lycées de la communauté juive (Rambam, Yavne, Lucien de Hirsch, Ozar Hatorah, etc.). Pour que la prépa Emc2 Hadamard puisse atteindre l’équilibre financier, il faut compléter les frais de scolarité. La prépa dispose de mécènes, et est soutenue par des mécènes. Mais cela ne suffit pas.

Je vous propose de souscrire à la campagne de soutien financier pour la Prépa Emc2 Hadamard. Elle est hébergée sur HelloAsso (un site monté par un X !), et vous pouvez participer à la hauteur de ce qui vous semble raisonnable pour contribuer au développement de cet établissement.

Pour soutenir la Prépa Emc2 Hadamard, cliquer ici.

Deux mots pour finir sur le nom de la prépa. Emc2 fait référence à qui vous savez. Mais Hadamard, le connaissez-vous ? C’est peu probable. Moi-même, je ne me souvenais vaguement que d’une formule d’Hadamard, sans vraiment connaître le bonhomme, dont mon père me garantissait qu’il était apparenté à Alfred Dreyfuss.

Connaissez-vous Jacques Hadamard ?

Je vous invite à consulter la biographie de Jacques Hadamard, sur Wikipedia, cela suffira. Elle est édifiante. Juif originaire de Moselle, il naît au sein d’une famille durement éprouvée par les événements de 1870. Il intègre major à Normale Sup. Il est le beau-frère du patriarche de la famille Debré, de laquelle sont issus des personnalités politiques bien connues. La femme du capitaine Dreyfus, Lucie Hadamard, est bien la fille d’un cousin de son père. Jacques Hadamard aura trois fils. Deux d’entre eux périrent sur le front, en 1916. Le dernier trouva la mort lors des forces françaises libres, opérations en Libye, en 1943.

Mathématicien touche à tout, ses travaux couvrent de nombreux domaines : théorie des nombres, analyse complexe, géométrie différentielle et équations aux dérivées partielles. Les travaux d’Hadamard en théorie des nombres sont évoqués dans un long chapitre qui lui est consacré, dans Prime Obsession.

Dreyfusard convaincu, Hadamard paya de sa personne ses convictions, comme l’explique le texte suivant, que l’on trouve sur le site de l’École polytechnique, où Hadamard enseigna, en succédant à Camille Jordan.

1865-1963 : cette période de près d’un siècle qui sépare l’époque de l’apogée des grands trois-mâts de celle de la conquête spatiale a aussi été marquée par les engagements de Jacques Hadamard.
Engagement intellectuel, tout d’abord : excellant dans toutes les matières du concours de l’École polytechnique, Hadamard y a été reçu avec un nombre de points inégalé. Il optait cependant pour l’École normale supérieure mais entrait finalement à l’X en 1912 en tant que professeur.

Une quinzaine d’années auparavant, sa première candidature sur un poste de répétiteur avait été bloquée en raison de sa parenté avec l’épouse du capitaine Dreyfus. La révolte d’Hadamard contre cette injustice avait incité d’autres mathématiciens, notamment Painlevé et Poincaré, à intervenir pour réfuter toute base scientifique aux preuves avancées pour emprisonner Dreyfus. Hadamard lui même est intervenu au procès de Rennes de 1899, et a contribué cette même année à fonder la Ligue des droits de l’homme : l’affaire Dreyfus a inauguré les engagements politiques d’Hadamard.

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