Connaissez-vous les Reith Lectures ?
C’est au hasard de la lecture de l’excellente newsletter Passeur de Futur (PDF pour faire court) que j’ai fait une découverte étonnante : les Reith Lectures. Il s’agit d’un cycle de conférences annuelles proposées par la BBC, des conférences dans un format relativement court – quatre conférences par an, se déroulant dans des lieux variés – avec un seul et même conférencier, censé présenter une réflexion approfondie autour d’un sujet d’actualité. Faites votre calcul, depuis que les Reith Lectures ont débuté à la fin des années 40, il n’y a eu qu’une soixantaine d’intervenants.
Triés sur le volet. Du lourd. Du genre : Bertrand Russell (1948), Robert Oppenheimer (1953), John Galbraith (1966), Jonathan Sacks (1990), ou Daniel Barenboim (2006).
À chaque fois, quatre interventions, d’une durée d’une demi-heure, suivie d’une séance de questions / réponses avec le public, d’une durée d’une demi-heure également. Bref, pour venir parler aux Reith Conferences, ce n’est pas comme à un TEDx, il faut savoir être concis et utiliser les mots justes. Pas de place pour les hésitations, les approximations ou le discours marketing : ces interventions sont appelées à être gravées dans le marbre digital et à servir aux générations futures.
Je me demande à quoi on pourrait comparer cela chez nous, en France. Nous avons bien le Collège de France, qui diffuse de magnifiques interventions sur Youtube, mais n’y aurait-il pas de la place pour un format similaire sur France Culture, des conférences pour des non spécialistes, qui permettent de parfaire son éducation sur les sujets du moment ?
Toutes ces conférences sont disponibles en ligne sur le site des Reith Conferences, ou en podcast sur Spotify par exemple. Pour découvrir le contenu de ces conférences, j’ai décidé de commencer par la plus récente, l’édition de 2025 sur la Révolution morale qu’appelle de ses voeux l’historien et journaliste néerlandais Rutger Bregman. Quatre heures intenses, durant lesquelles l’élite en prend plein la gueule, notamment une certaine classe de profession qui se reconnaîtra en écoutant le premier épisode.

Mais je suis vite passé à la série de conférences qui m’intéressait le plus, celle de l’édition de 2021, avec un spécialiste de l’Intelligence artificielle, le professeur Stuart Russell, qui enseigne à Berkeley. Son cycle de conférences portait sur la cohabitation entre l’espèce humaine et les machines savantes, dans un futur très proche, et le titre de ses interventions était extrêmement explicite :
- The Biggest Event in Human History
- AI in warfare
- AI in Economy
- AI – A Future for Humans
Je vous invite à écouter ces podcasts. Prenez votre temps, écoutez-les, digérez-les avec patience, parce que c’est dense, très dense. Et parce que les propos de Stuart Russell en 2021, alors que la hype des LLM n’a pas encore explosé et que rares sont encore les individus lambda à avoir entendu de GPT, sont suffisamment lourds de sens pour qu’on en tire des conclusions au plus vite.
L’espèce humaine n’aura sans doute pas une deuxième chance…
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec















