Sapiens

Voici un livre qui ne vous laissera pas indifférents. Ecrit par Yuval Harari, professeur d’histoire à l’Université de Jerusalem, Sapiens se propose de revisiter l’histoire de l’espèce humaine, au plutôt d’Homo Sapiens, de la préhistoire à nos jours, au travers d’un paradigme: la domination d’Homo Sapiens sur les autres espèces vivantes n’est pas dû à une quelconque prédisposition qui rendrait un individu de cette espèce supérieur aux autres, mais à ses facultés de coopération, et particulièrement de coopération sur la base de mythes fondateurs, des fictions.

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En soi, le texte d’Harari n’a rien de révolutionnaire. D’autres auteurs ont déjà évoqué l’importance des mythes comme base de tout fonctionnement social, dans la constitution des sociétés humaines, tant originelles que modernes. Sapiens n’apporte aucune originalité de ce point de vue.

Là où l’auteur innove et surprend, c’est lorsqu’il évoque la dimension mythologique liée à des concepts plus matériels, et qui ont accéléré l’histoire humaine: le développement de systèmes monétaires, le développement de grands empires tant politiques qu’économiques, la diffusion de grandes religions en y incluant capitalisme et socialisme. L’espèce humaine, explique Harari, ne peut se développer convenablement qu’au sein de grands empires basés sur de tels mythes. Leur dislocation est signe d’un déclin rapide, et de grandes souffrances, plus grandes que celles qui ont conduit à son établissement. L’auteur ne nie pas la cruauté qui conduit à la création de tels empires, mais prétend que les systèmes humains qui leur préexistent sont moins propices au développement rapide des populations humaines.

Le mariage de la science et de la conquête impériale tient une place importante. Pour Harari, c’est avant tout la prise de conscience de sa propre ignorance qui conduit une fraction de l’espèce humaine, à la fin du Moyen-Âge, d’entreprendre les conquêtes qui aboutiront à une espèce humaine unifiée, qui vit aux mêmes heures, aux mêmes rythmes, avec les mêmes pratiques sociales d’un bout à l’autre de la planète.

Cette évolution a-t-elle conduit à faire progresser le bonheur des individus? Question essentielle, à laquelle peu d’historiens ont répondu jusque là. Le chef d’entreprise du 21e siècle est-il plus heureux que le paysan du Moyen-âge? Rien n’est moins sûr, paradoxalement. L’espèce humaine n’est pas au bout de ses surprises.

Malheureusement, il est difficile de rendre compte d’un livre d’une telle richesse. Cette recension peut vous paraître plate. Ne vous y fiez pas, et précipitez-vous pour lire Sapiens. Vous ne serez pas déçus.

A noter le site dédié à l’auteur et à l’ouvrage.

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