C’est Canteloup

Certains attribuent au talent de leurs animateurs la longévité de certains programmes. Mais pour moi, c’est la longévité qui est plutôt la source du talent. Être capable de s’adapter, de se réinventer, quotidiennement, pendant près de 15 ans, qu’est ce d’autre que du talent ?

C’est en particulier le cas de Nicolas Canteloup. J’en veux pour preuve les deux émission qu’il anime et où il effectue de multiples imitations, le matin sur Europe 1 dans la Revue de presque, crée il y a plus de 15 ans, et le soir sur TF1, après le journal télévisé du soir, vers 21h, dans une courte émission intitulée C’est Canteloup. Cette dernière apporte un réalisme encore plus étonnant, en faisant usage de techniques appelées deep fake, qui consistent à animer le visage d’un individu en fonction des propos tenus par un autre.

S’appuyant sur l’actualité du moment – et le Covid offre un vaste terrain de jeu pour cela – l’imitateur tourne en dérision les décisions et les propos des uns et des autres. Et comme tout imitateur qui se respecte, Nicolas Canteloup a des cibles récurrentes : Jean Castex, Emmanuel Macron, Roselyne Bachelot ou Arnaud Montebourg en prennent pour leur grade presque tous les jours. Mon préféré reste cependant le Ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, un excellent sujet pour ce type d’émission.

Bien sûr, on peut critiquer l’approche. C’est facile de se gausser de ceux qui prennent des décisions parfois douloureuses. Par certains moments, Canteloup me rappelle la grande époque des Guignols de l’info, avec les risques que ce type d’émission comporte. À force de tourner les personnalités politiques en dérision, les humoristes peuvent en effet endommager durablement leur crédibilité, ou leur prêter une fausse sympathie. On se souvient du « Mangez des pommes » qui avait permis à Jacques Chirac de passer du statut de requin dépassé par son dauphin Balladur, à celui de candidat favori du RPR, et à écraser son adversaire.

Les interprétations de Canteloup campent un Macron caricatural, en premier de cordée obnubilé par les couacs de son gouvernement en matière de politique sanitaire, un Castex à la limite du ridicule, en provincial un peu embouché, ou une Bachelot qui s’ennuie ferme, ministre d’un secteur sclérosé par les longs mois de confinement et de couvre-feu. Bref, contrairement au Canard Enchaîné qui illustre les mécanismes alambiqués et les coups de billard à deux bandes des politiques, Canteloup tend, lui, à minimiser leurs capacités intellectuelles pour se moquer de leurs interventions.

Mais dans le contexte actuel, comment se passer de tels moments de rigolade ?

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