Alice au pays des merveilles

Je n’ai jamais lu le roman de Lewis Carroll, mais je me souviens avoir été confronté, depuis mon plus jeune âge, à des fragments du récit. Comme tout un chacun, j’ai entendu parler du lapin avec une horloge, du chat qui disparaît, de la chenille qui fume un narguilé, de la reine qui veut trancher la tête à tout le monde, des parties de criquet et de la jeune fille qui s’ennuyait. C’est donc avec un intérêt certain que j’ai regardé en famille, ces deux derniers jours, la version d’Alice au pays des merveilles réalisée par Tim Burton, ainsi que sa « suite », De l’autre côté du miroir, réalisée par James Bobin.

Des effets spéciaux à gogo

Retrouver le duo Tim Burton / Johnny Depp, c’est se souvenir de petits chefs d’oeuvre comme Edouard aux mains d’argent, Sleepy Hollow, ou Sweeney Todd, film glaçant et captivant. Sans oublier le magnifique Charlie et la chocolaterie, film incontournable, que tous les enfants Kabla ont vu au moins trois ou quatre fois. Au programme, quelques sourires étonnants, des démarches bizarres ,des prononciations inhabituelles, et une histoire rondement menée, n’est-ce pas ?

Mais cette fois, la magie n’opère pas. Johnny Depp cabotine comme à son habitude, sans que la sauce prenne : la faute, sans doute, à une surabondance d’effets spéciaux qui noient le spectateur dans un vertige de sons et de lumières. Le résultat est assez décevant, et on a l’impression désagréable de se retrouver dans un n-ième Marvel bourré d’effets spéciaux sacrément bien réalisés, certes, mais qui nous égarent, au détriment de la magie de l’histoire qu’on était initialement venu écouter.

Mais, est-ce vraiment la véritable Alice ?

L’une des trouvailles du film – et de sa suite – c’est d’embarquer les personnages dans une interrogation lancinante : Alice est-elle vraiment la véritable Alice ? Car notre Alice cinématographique n’est plus la petite fille à laquelle sa soeur raconte des histoires, mais une jeune adulte post-pubère, pour utiliser la novlangue en usage de nos jours. Un jeune fille qui a perdu son père adoré, qui refuse le mariage arrangé que lui suggère sa mère, et qui se bat, dans le second épisode, contre son ancien prétendant, devenu propriétaire de l’entreprise qui finance ses expéditions à l’autre but du monde. Alice n’est plus une petite fille, mais la représentante affirmée d’un féminisme parfois moralisateur, qu’on peine à imaginer dans le roman (même si on ne l’a pas lu).

C’est le travers de certains films modernes, qui sous couvert d’une nouvelle adaptation d’un texte ancien, veulent en réalité transposer dans des récits d’autrefois des débats d’aujourd’hui. C’est cet embrouillamini de postures sociétales plus que morales qui pose problème. Si la transposition produit des effets agréables et étonnants dans l’univers musical, au cinéma elle produit souvent des résultats plus que mitigés. Faire allusion aux débats du moment est un ingrédient additionnel, mais ne peut pas être l’ingrédient principal d’une telle recette.

Car, et de cela je me souviens de l’avoir toujours lu, Alice est avant tout un texte sur la logique et l’absurde. La découverte de la bizarrerie et du rêve. L’onirisme à l’état pur. La magie de l’étrange, bien plus que le texte emblématique de mouvements revendicatifs. S’il y a une revendication, c’es celle de l’imaginaire, bien plus que ce message un peu niais clamant que « tout est possible si on y croit ». Transposer un idéal américain sur un texte anglais, on n’est pas à un anachronisme près chez Disney…

Bref, je garde de ces deux soirées Alice le sentiment d’un certain gâchis.

Rendez-nous le Tim Burton de Beetlejuice !

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