Stairway to heaven: le football rentre à la maison

De l’événement ou de l’attente de l’événement, qu’est ce qui procure le plus de plaisir? Question sur laquelle de nombreux philosophes ont déjà du se pencher. Qu’il s’agisse de l’étudiant avant les résultats des examens, de l’amoureux transi qui compte les minutes de retard de sa dulcinée, ou de l’équipe de football qui vient de se qualifier pour une finale, la question est la même: l’attente est-elle source d’un plaisir plus profond que l’événement lui-même?

Pour moi, la réponse à cette question a été donnée il y a bien longtemps par un sage du Talmud, un certain Ben Hé Hé, dans le 26 des Maximes des Pères: la récompense est proportionnelle à l’effort, affirme-t-il. C’est la série d’instant qui précède l’événement qui permet tous les possibles. L’événement, lui, n’est que la paroxysme de cette attente, la droite vers laquelle la courbe du plaisir tend, à l’infini, sans jamais la rencontrer.


La question du plaisir de l’attente, c’est celle qui, la première, m’est venue à l’esprit, ce soir, alors que la l’équipe de France vient de se qualifier pour la finale de la Coupe du monde 2018. Une victoire sauvage, violente, à l’arrachée. Un score minimaliste, un 1-0 qui restera dans les annales, une bataille des Ardennes disputée en toute courtoisie, en ne laissant rien au hasard, entre deux équipes qui se ressemblent tant, à la moyenne d’âge près: portées vers l’attaque, plaisantes à voir quand elle se livrent, dotées d’attaquants de talent, et de défenseurs de génie.

Non, Courtois, Fellaini, Hazard et Kompany n’ont pas démérité. Ils sont simplement tombés, dans ce combat de titans, contre plus fort qu’eux. Dimanche prochain, c’est la France, et non la Francophonie, qui défendra le football à la française. Courtois et ses amis ont perdu à la loyale. Ils auraient mérité, tout autant que leurs adversaires, de disputer cette finale. Et de ramener la coupe Jules Rimet au plat pays.

Mais cette finale, il ne faudra pas la perdre. Comme le disent nos amis Anglais, qui attendent toujours leur deuxième étoile, le football va rentrer à la maison.

Mais en rentrant à la maison, le football passera par le Terminal 2 de l’aéroport Charles de Gaulle, par l’Autoroute A1, la Porte de la Chapelle, la Porte Maillot et l’avenue de la Grande Armée. Aucune réservation n’est prévue sur l’Eurostar de 22h.

Alor messieurs les joueurs de l’équipe de France, dimanche soir, il ne faudra pas nous décevoir. Vous n’avez pas droit à un 2006 bis.

Toi, Kylian Mbappe, tu vas retrouver ton football fait de bonds et de courses effrénées, et remiser tes stupides petites tentatives d’anti-jeu dans l’arrière boutique. D’ailleurs, tu es très mauvais dans ce registre là, nous l’avons bien vu. Et tu es sir généreux quand tu te lances dans les grands espaces. Déjà Le Monde, dans son idée géniale de suivre la promo 98 à l’INF de Clairefontaine, t’avait remarqué. Ne démérite pas.

Toi, Antoine Griezmann, tu vas continuer à distribuer des ballons de génies, au millimètres, sur la tête de tes défenseurs, qu’il s’agisse de Samuel Umtiti ou de Raphael Varane. Tu vas continuer à briller dans l’ombre des autres, et à changer le cours des matches sans qu’on s’en rendre compte.

Raphael et Samuel, vous, les anges gardiens de la défense, vous allez continuer de veiller sur les buts de ce gardien d’exception dont s’est doté l’équipe de France, cet Hugo Lloris capable d’un arrêt décisif par match.

Toi, N’golo Kante, dont je ne sais quel est le prénom, tu vas continuer à intercepter les balles adverses, au centre du terrain, et priver les attaquants de l’équipe que nous rencontrerons, quelle qu’elle soit, de cet oxygène rond qu’on appelle ballon. Tu l’as si bien fait depuis plus de 450 minutes.

Toi, Blaise Matuidi, tu vas te remettre de tes émotions. Tu vas continuer, tel un boxeur groggy, à te battre et te battre encore, tu vas remonter sur le ring, pour peser sur le milieu de terrain. Et sortir encore un grand match, comme ce mardi soir.

Toi Olivier Giroud, tu vas continuer de faire peur aux défenses adverses, même si nous savons tous que tu n’es pas méchant. Même si nous savons tous que tu n’as pas encore marqué depuis le début de cette coupe du monde. Mais ce n’est pas grave: tant que tu fais peser le danger et que tu mobilises le 4-4-2 d’en face, tu laisseras un boulevard à nos deux révélations, Lucas et Benjamin.

Vous, Lucas Hernandez et Benjamin Pavard, vous allez continuer de nous faire rêver, tout comme vous rêvez, tous les deux, le rêve éveillé de ces joueurs dont on n’avait pas souvent entendu parler ces deux dernières années. Vous qui nous rappelez la tradition de ces grands défenseurs français, les Maxime Bossis, les Patrick Battiston, les Marius Trésor et les Laurent Blanc.

La France a besoin de vous. Une occasion de remporter une Coupe du monde, ça ne se présente pas tous les ans.

Emmanuel Macron a besoin de vous. Chanceux comme il l’est, il est bien parti pour bénéficier d’un effet « champions du monde », comme en avaient bénéficié Jacques Chirac et Lionel Jospin il y a vingt ans.

Et j’ai besoin de vous. Je fête mon anniversaire, ce lundi. Un défilé sur les champs, ce ne serait pas pour me déplaire…

Allez les bleus !

Note: merci à Guillaume Titus-Carmel, dont j’ai inclus quelques tweets pour illustrer ce texte. Je crois que ses créations sont de purs chefs d’oeuvre. Ils mériteront de rentrer, un jour, dans l’historiographie de cette Équipe de France.

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A propos de Herve Kabla

Hervé Kabla, président de Else & Bang, cofondateur de The Daily Finance et de la série des livres expliqués à mon boss avec Yann Gourvennec.

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