Patah Eliahou

Le Patah Eliahou, C’est probablement le siddour – le recueil de prières juives quotidiennes – le plus utilisé au sein de la communauté juive française. Il existe en bleu, en rouge, en vert, en marron, dans des versions de poche ou de grande taille, avec ou sans traduction, on le trouve même sur Amazon (!), dans une version iPhone, et dans pratiquement toutes les synagogues de rite séfarade de France depuis plus de trente ans. Mais quelle est son histoire?

Il en existe de toutes les couleurs, même en rose !

C’est en tombant sur un Patah – un objet qu’on appelle par son diminutif, c’est un objet qui devient légendaire – d’impression récente, samedi dernier à la synagogue, que je me suis posé la question. En feuilletant cet exemplaire neuf, je suis tombé sur une page dédiée à la mémoire du concepteur du Patah Eliahou, Mr Joseph Elie Charbit, décédé à l’été 2016, et fondateur, avec son frère, de la librairie et des éditions Colbo, la maison d’édition du Patah Eliahou. Le lien entre le titre de l’ouvrage et le prénom de Mr Charbit saute évidemment aux yeux. Patah Eliahou, ce sont aussi les deux premiers termes d’un texte du Zohar, qui sert d’introduction – d’ouverture – aux prières du matin. Alors, quelle est la véritable raison du titre de ce livre? Je ne la connais pas.

Le Patah Eliaou est un livre aux usage multiples, qui peut servir aussi bien en semaine que lors des prières de Chabbat – mais incomplet pour un usage lors des principales fêtes juives. D’une structure simple, il se distingue radicalement des livres de prières qu’on trouvait auparavant dans les synagogues, par la clarté de son écriture: le choix de la police de caractères est déterminant pour un tel ouvrage. Le Patah Eliahou se distingue également par ses indications en français: dans les autres livres, les indications étaient fournies en hébreu, sans voyelles, et parfois en écriture Rachi, ce qui n’en facilitait pas la lecture pour tous les fidèles. On peut dire qu’avec le Patah Eliahou, la communauté juive française d’origine séfarade, celle issue de l’immigration des années 60 notamment, depuis l’Afrique du Nord, mettait un pied dans la modernité. D’ailleurs, je n’ai retrouvé la même sensation de simplicité et de disruption dans les usages d’un livre sacré, qu’à deux occasions par la suite: en ouvrant pour la première fois un Houmach publié aux éditions Artscroll, alors disponible en anglais mais désormais traduit en français. Et en feuilletant un traité du Talmud traduit en français par le Rav Adin Steinsaltz, alors publié chez Ramsay.

Si ma mémoire est bonne, j’ai tenu en main mon premier Patah Eliahou à Finhaut, durant les colonies de vacances organisées par Mr Harrus. Cela remonte à la fin des années 70 et au début des années 80, je ne saurais dire quand exactement. Selon ce que j’ai pu trouver sur Internet, le premier Patah Eliahou a été publié en 1978, la période correspond assez bien. Les premières versions ont été enrichies, au fil du temps, d’ajouts, tout en conservant la même pagination, et c’est un des atouts du Patah: que vous teniez un exemplaire de 1990, 2000 ou 2910, vous trouverez toujours le Kiddouche du vendredi soir à la page 189, le Hallel à la page 294 et le Birkat Hamazon à la page 375. Cette caractéristique est un coup de génie, car il assure la pérennité d’un exemplaire quelle que soit sa date de fabrication, et évite que l’utilisateur d’un tel livre ne soit perdu au moment où l’officiant annonce qu’on passe à telle ou telle prière.

Ainsi, les enrichissements du Patah Eliahou sont venus dans les dernières pages. Aux lectures de la Torah du lundi ou jeudi matin, sont ensuite venus s’ajouter les horaires du lever et du coucher de soleil dans de grandes villes de France (ou d’ailleurs), les maximes des pères, puis les chants de chabbat. Si vous avez gardé un exemplaire des années 80, faites le test, vous verrez, le livre n’était pas si épais. Mieux, il existe des versions avec une traduction en français, ou avec la retranscription phonétique, où la pagination est conservée, chaque page existant en version a et b.

Bref, la communauté juive de France dispose, avec ce livre, d’un standard qui a permis à plus d’un de s’intégrer dans un office sans trop se perdre. Il est étrange, cependant, que son succès soit resté confiné au territoire national. De fait, vous aurez du mal à trouver un Patah dans une synagogue new-yorkaise ou israélienne. Alors que des communautés francophones auraient pu, en s’y établissant, l’emporter avec elles dans leurs bagages…

Cet article vous a plu? Partagez-le!

A propos de Herve Kabla

Hervé Kabla, président de Else & Bang, cofondateur de The Daily Finance et de la série des livres expliqués à mon boss avec Yann Gourvennec.

4 commentaires à propos de “Patah Eliahou”

  1. Je confirme… Les livres de prière de Finhaut étaient aussi תפילת שלום Tefilath Chalom, qui eux n’existent plus nulle part.

  2. La version iPhone n’est hélas pas disponible sur l’Appstore français d’Apple, ce qui implique une manip un peu pénible de changement d’Appstore si on veut le récupérer (et à condition d’être prêt à payer sur un autre Appstore).
    Il y a d’autres siddourim dans l’Appstore français (applis Consistoire, Minha à Paris, Siddur – Special Edition, Siddur Torah Ohr Chabad, etc.). Avec indications en français on trouve Siddour Maguen Avot (un peu lourd: 227 Mo).

  3. Monsieur fait du lobbying ?? !!
    Le « Patah » est évidemment un must et reste incontournable dans nos communautés. Il permet comme tu le dis de s’y retrouver très facilement quelque soit le modèle ou l’année d’édition, ce qui en fait une force.

    Mais si tu veux passer « un cran au-dessus », je te conseilles la série « Maguen Avot », fortement inspirée du Patah, il avait dans ses première éditions la même pagination que le Patah, mais fort de son évolution, il a maintenant une double pagination. Le siddour Maguen est je trouve encore plus clair et plus lisible, il dispose aussi une version numérique.
    Maguen Avot permet d’améliorer sa prononciation en utilisant un système de voyelles affichées en gras. Ainsi on ne se trompe presque plus pour savoir quand il faut prononcer un « Chéva » muet ou ‘é’, idem pour le « Kamats », lorsqu’il faut le prononcer ‘a’ ou ‘o’.
    A l’occasion, fais l’essai 😉

    En tout cas, un plaisir de te lire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*