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Edward Snowden sera-t-il le prochain prix Nobel de la paix?

En décernant le prix Nobel de la paix à Barack Obama en 2009 pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples, le jury du prix s’est-il fourvoyé? Et ne devrait-il pas réparer son erreur en décernant, quatre années plus tard, le prix Nobel à celui qui le premier a communiqué au monde entier les preuves du double jeu américain?

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D’abord, qui est Snowden? Il n’a rien de l’agent secret des films à succès. Après un cursus scolaire plutôt banal, et un court passage de quelques mois au sein des forces spéciales, il travaille pour la NSA et la CIA, comme informaticien. Il aurait quitté la NSA pour travailler pour des prestataires de l’agence, notamment Booz Allen Hamilton. Au passage, son cas met en évidence, si besoin était, le risque de faire appel à des sous-traitants pour des questions de sécurité nationale.

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De quelle teneur sont ces révélations? Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre comment la teneur de ses révélations initiales pouvait mettre l’administration américaine dans un tel niveau d’énervement. Car après tout, en quoi consistent-elles? Début juin 2013, il annonce dans une interview au Guardian que la NSA disposerait d’accès privilégiés aux données diffusées sur Internet, et notamment par le biais de sociétés privées comme Google, Microsoft ou Facebook, dans le cadre d’un programme dénommé PRISM. En quoi est-ce vraiment une révélation? Pour ceux qui s’intéressent à Internet et aux données privées depuis plus de dix ans, il était clair que les Etats-Unis mettaient les grandes sociétés américaines de l’internet sous pression au travers du Patriot Act. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nombre de grandes sociétés françaises ont évité d’utiliser les Google Apps, malgré le différentiel de prix avec les outils de Microsoft Office. Bref, rien de surprenant à cela, et pour ma part, il me semble que les révélations de Snowden jusque là pouvaient plutôt ébranler les grands acteurs américains de l’internet plutôt qu’autre chose.

Avec le deuxième round de révélations de ce weekend, on passe au stade suivant: l’administration américaine surveillerait de près ce qui se dit et fait au sein de l’Union européenne et du Conseil européen. Là encore, faut-il s’en étonner? Si les états continuent à disposer d’agences consacrées à l’espionnage et au contre-espionnage, c’est bien que ces pratiques sont connues et reconnues depuis toujours. Snowden, de la sorte, n’apporte pas d’information supplémentaire, mais juste la confirmation de pratiques soupçonnées de part et d’autre. En quoi cela dérange-t-il le gouvernement américain?

La perte de confiance. A moins d’autres révélations fracassantes, il me semble que le véritable problème que posent les révélations d’Edward Snowden, c’est qu’elles ébranlent le discours de façade du président américain, celui-là même qui lui avait permis de recevoir un prix Nobel il y a quatre ans de cela. Contrairement à Bush qui incarnait le grand Satan, Barack Obama voulait incarner une autre Amérique, plus ouverte, moins belliqueuse, plus sensible à la défense des minorités chez elle et de part le monde. Le vrai problème des révélations de Snowden, en sorte, c’est qu’elles font passer Obama pour un « faux-derche », un type qui fait en douce ce qu’il récuse chez les autres.

Mais ne vous leurrez-pas, Obama reste un très grand président américain. L’avez-vous vu désavouer la NSA ou la CIA? Pas du tout, Obama est un patriote. A tout jouer entre Snowden et la défense du territoire, c’est la seconde option qui l’emporte. Car le Patriot Act et les pratiques dénoncées par Edward Snowden ne visent pas à installer l’hégémonie américaine, mais à en défendre la sécurité. Croyez-vous qu’on réduise Al Qaïda à néant autrement? La guerre sur Internet requiert des moyens aujourd’hui aussi considérables que celle dans les airs, sur terre ou sur les océans. l’implication de grandes sociétés américaines dans cette guerre est aussi justifiable que celle d’autres grandes sociétés américaines dans la construction de l’appareil de défense national.

Les Etats-Unis et le reste du monde ont besoin de gens comme Snowden, pour servir de sonnette d’alarme et rappeler l’étendue des moyens mis en oeuvre. Un Nobel serait sans doute une jolie forme de récompense, même si on peut douter du courage du jury qui le décernera dans quelques mois. Mais rien, et surement pas un Nobel, n’empêchera les Etats-Unis de poursuivre leur programme de défense. Les états européens, et la France en premier, devraient s’inspirer de ce modèle…

À propos de l'auteur

Hervé Kabla, directeur général de be angels et co-fondateur de Media Aces

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Commentaires (2)

  • Christophe Faurie

    Il me semble que ce qui est touché dans cette affaire est l’arme absolue des USA: la soft power. Un genre de fin (le triomphe des intérêts américains – l’Amérique étant porteuse du bien), qui justifie tous les moyens (gêner ses concurrents en les accusant de pratiques antidémocratiques).
    L’Amérique est prise la main dans le sac. Ses pratiques sont celles qu’elle réprouve. Et c’est fort ennuyeux parce que cela enlève tout complexe au reste du monde.
    Pire: ainsi, elle laisse entendre que c’est le concept même de démocratie qui est un outil de manipulation.
    Le message que fait passer l’Amérique est: la raison du plus fort est la meilleure. Pas sûr que ce soit pour cela qu’Obama a reçu le prix Nobel…

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