Une élection pour rien au Consistoire de Paris?

Le résultat des élections au Consistoire de Paris est sans appel. La liste AJC 2017 l’emporte avec 12 candidats élus sur 13. Seul David Revcolevschi représentera les idées de la liste Notre Consistoire demain au sein des administrateurs. Malgré les soutiens de personnalités comme Armand Abecassis ou Moise Cohen. Je tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui nous ont soutenus, et d’abord mes amis de la communauté de Boulogne.

Certes, nous n’avions pas mis toutes les chances de notre côté. Notre liste ne comportait que neuf candidats, pour treize places à pourvoir. Et, on nous l’a assez reproché, parmi ces neuf candidats, une seule femme. Nous n’étions pas des apparatchiks communautaires, mais plutôt des outsiders issus de milieux professionnels variés. Est-ce une raison pour une telle raclée?

Pour moi, ce scrutin soulève plusieurs questions que, malheureusement, son issue ne permettra pas de régler.

  1. L’abstention. Elle est élevée. Plus que lors des précédentes éditions, où l’on flirtait avec 80%. Hier, elle est montée à presque 90%. 3700 suffrages exprimés sur 30000 électeurs. C’est peu. Et ce n’est pas la victoire de la France en coupe Davis qui a démobilisé les électeurs. Une élection qui ne mobilise pas les foules, cela n’augure rien de bon.
  2. La représentativité. J’ai pu le constater tout au long de cette courte campagne – cf. point suivant – beaucoup de personnes intéressées par cette élection n’ont pas pu y participer. Pourquoi? Comme le stipule le règlement, seuls les adhérents ayant cotisé en 2016 pouvaient participer. Autrement dit, ceux qui n’ont pas fait de don en 2016 étaient hors jeu. Mais il y a pire que cela. Toutes les synagogues ne sont pas consistoriales, en région parisienne. Et bon nombre de personnes qui auraient pu se sentir concernés par des sujets comme la chacherout, l’éducation, la vie communautaire, étaient interdits de vote parce que fréquentant d’autres synagogues – où ils paient leurs places et font des dons – et donc ne cotisant pas pour le Consistoire. Sans parler de cette frange de la population juive qui évolue en dehors de l’univers consistorial, des mouvements Chabad aux mouvements libéraux, qui de fait sont exclus de cette consultation.
  3. La durée de la campagne. Elle n’a duré que deux semaines. Elle aurait dû en durer deux fois plus. Mais les tractations sur le format des professions de foi et le dépôt des candidatures ont raccourci de moitié. Et dans pareil cas, ce ne sont jamais les challengers, par définition moins connus, qui sont favorisés.
  4. Le parti pris de la presse communautaire. Si vous aviez acheté les hebdomadaires communautaires ce vendredi, vous auriez eu le plaisir de découvrir des unes extrêmement partisanes, et de nombreux publi-rédactionnels voués à la liste qui l’a emporté.
  5. L’absence de débat. Une campagne sans débat, c’est un renoncement à la démocratie (regardez ce qui se passe au sein des Républicains actuellement). En tout et pour tout, il n’y aura eu qu’un petit débat, à la Moishe House, mercredi dernier. Diffusé sur Facebook sans annonce préalable. Une très faible audience.

Un tel score – rappelons-le, 12 places sur 13 – permet à l’équipe en place d’asseoir un peu plus sa domination. Mais il caractérise aussi la faiblesse de l’institution: la diversité renforce, car elle permet l’adaptation aux changements, ce que Nassim Taleb appelle l’antifragilité. Je doute que le Consistoire sorte renforcé d’une telle élection, et d’un résultat plus proche de celui d’une république bananière que de celui d’une communauté épanouie.

Note: vous pouvez lire également le communiqué officiel des neuf candidats ici.

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