Parcoursup et la séduction des algorithmes
Comme chaque année, à l’approche des épreuves du bac – d’ici quelques mois tout de même – Parcoursup fait son grand retour. Qu’il me soit permis de saluer la longévité de cet outil, lancé maintenant il y a sept ans, et dont j’avais déjà évoqué l’étonnant compagnon graphique permettant d’analyser les parcours des étudiants des différentes filières.
Comme chaque année, l’ouverture de Parcoursup est l’occasion d’un parcoursup bashing organisé par les médias nationaux, qui n’ont de cesse de pointer les défauts, voire les défaillances, de cette plateforme. Bien entendu, nos admirables journalistes – toutes chaînes confondues – basent souvent leur analyse sur un micro-trottoir savamment orchestré, en interviewant de futurs bacheliers angoissés à l’idée de devoir choisir une formation post-bac, pour des raisons parfois complètement fantasmagoriques…
J’ai même entendu ce midi une lycéenne témoigner de ses doutes en exprimant son angoisse de mettre son avenir entre les mains d’un algorithme… Cela peut faire sourire, mais exprime néanmoins un réel malaise. Non vis à vis de Parcoursup, finalement, mais vis à vis d’un univers à côté duquel les étudiants français passent l’essentiel de leur scolarité, sans qu’on leur explique réellement de quoi il s’agit : un algorithme. Et dire qu’il y en a un qui croit diriger une start-up nation…
Je ne vais pas évoquer ici l’origine du terme, ni en quoi consiste un algorithme, mais parler d’un sujet qui me tient à coeur : la capacité de séduction des algorithmes. Car les algorithmes cont comme les êtres humains : certains sont parfaitement capables de séduire leur public, quand d’autres suscitent une forme de rejet, si ce n’est de dégoût. ChatGPT fait ainsi partie de la première catégorie, et je connais plus d’un étudiant qui confie régulièrement son avenir à cet algorithme pas beaucoup plus compréhensible que Parcoursup, alors que ce dernier fait clairement partie de la seconde catégorie, et pourrait même en être le plus célèbre représentant dans l’univers des algorithmes.
À vrai dire, je me suis souvent posé la question de ce qui rendait un algorithme séduisant., tant du point de ue du développement que de la mise en valeur. Était-ce son utilité ? Son aspect extérieur – ce qu’on appelle dans le jargon de la tech de son UX (banalement traduite en expérience utilisateur) ? Était-ce son coût, les humains ayant en matière d’algorithme les mêmes tendances à être attiré par les extrêmes, les moins coûteux (open source) comme les plus onéreux (gages d’efficacité) ? Était-ce fonction du battage médiatique ? Des influenceurs ? Des magazines ? Bref, de graves et grandes questions…
Je suis récemment arrivé à une conclusion étrange : un algorithme est d’autant plus séduisant – auprès du public qu’il est censé intéresser – qu’il produit ce que ses utilisateurs attendent. Qu’il s’en écarte de trop, et l’utilisateur se met à douter de son fonctionnement, de sa pertinence ou de son objectivité. C’est ce qui se passe avec Parcoursup. Même si la plupart de ses utilisateurs obtiennent à peu près ce qu’ils demandent, il se produit encore trop de situations où le résultat obtenu – filière ou absence de débouché – est si éloigné des attentes de l’étudiant, que cela finit par devenir la caractéristique principale de l’outil.
À l’inverse, ChatGPT est parfaitement conçu pour ne pas offenser ses utilisateurs, et apporter des réponses qui conviennent à ceux qui interagissent avec lui. ChatGPT et ses pairs ont réponse à tout, peu importe la qualité de la réponse. Qu’elle soit juste – et attendue par l’utilisateur, et celui sort heureux de l’expérience vécue. Qu’elle soit fausse et remise en cause par l’utilisateur, et l’outil reconnaît immédiatement son erreur, pour proposer d’autres réponses, qui pourraient tout aussi bien être erronées. Peu importe, il répond à peu près ce qu’on attend de lui, et joue parfaitement son rôle de séducteur des temps modernes.
Quelle conclusion tirer de tout cela ? Qu’il est peut-être temps de mettre un peu de séduction dans Parcoursup. À défaut d’y mettre de l’IA…
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec


















