L’innovation selon Bran Ferren

Du fond de ma retraite maltaise, j’ai eu le plaisir de me plonger dans l’interview que Bran Ferren a accordée au magazine strategy+business, dont je ne saurais trop vous recommander la lecture régulière, tant la diversité des sujets qui y sont abordés et leur profondeur se démarquent de mes autres lectures occasionnelles. Bran Ferren s’est fait connaître du grand public en 2014, lors d’une conférence TED sur les liens entre art et ingénierie (voir plus bas) qui ont permis de construire le Panthéon, un siècle avant l’ère chrétienne. Cette fascination pour le Panthéon et l’innovation date de sa petite enfance, lors d’un voyage qu’il fit avec ses parents, à Rome. La magnificence de cet immense dôme dont la structure ne requiert aucune colonne pour en supporter la masse l’a toujours intrigué. Depuis, il a consacré sa vie à l’innovation et aux inventions : son nom est associé à près d’un demi millier de brevets.

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Crédits photo: Kris Krüg (Flickr)

Bran Ferren dirige Applied Minds, une société dont la mission est de susciter l’innovation sous toutes ses formes possibles. Des ingénieurs issus de disciplines aussi variées que le logiciel, la physique des matériaux, l’aéronautique, l’automobile, les jeux vidéos, y côtoient des artistes ou des inventeurs de toutes origines. Les talents s’y croisent, pour permettre un foisonnement d’idées par la fertilisation croisée de toutes ces disciplines.

Bran Ferren distingue deux types d’inventions : celles qui changent le cours de l’histoire, et les autres. Les premières, bien entendu sont les plus rares. Pour y parvenir, il faut, selon Ferren, une bonne dose de « miracles », de faits du hasard qui précipiteront l’invention vers son destin hors norme. Peu d’individus, peu d’entreprises, y parviennent, parce que cela relève plus d’un don que d’une formation. Il n’existe pas de parcours universitaire pour devenir un innovateur hors pair, pas plus qu’il n’existe, selon lui, d’entreprise classique capable d’innover.

Innover requiert, en effet, plusieurs contraintes. La première, c’est d’accepter de penser autrement, de sortir du cadre : dans une entreprise classique, un tel individu se ferait rapidement tacler par ses petits camarades, comme quelqu’un qui ne « la jouerait pas corporate ». Il faut ensuite arriver à attirer d’autres personnes capables de penser et d’aller au bout des concepts que vous a permis cette vision décalée. Il faut ensuite réussir à planifier et organiser l’innovation, sans en casser toute la magie, tout en sachant que cela prendra du temps, plusieurs mois voire plusieurs années, sans véritable visibilité sur les échéances à venir. Et pendant tout ce temps là, il faut se battre avec le middle-management qui vous mettra des bâtons dans les roues pour des raisons insignifiantes.

Comment y parvenir ? Bran Ferren donne sa recette. Il faut d’abord travailler avec des gens qu’on apprécie : ceux avec lesquels on ne s’entend pas comprennent rarement ce que vous faites. Il faut ensuite se consacrer à des projets pour le bien de l’humanité : Bran Ferren refuse l’innovation destructrice (non pas au sens de destruction de valeur, mais au sens d’une innovation au service de projets maléfiques). Il faut enfin se focaliser sur des projets qui produisent plus de valeur qu’ils n’en consomment, car personne ne vous suivra sur des projets qui sont économiquement mort-nés.

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