Les maths au tribunal

Non, ne vous inquiétez pas, ce livre n’a pas pour objet de faire le procès des mathématiques. Mais plutôt d’aborder un sujet sensible : l’emploi erroné d’approches mathématiques dans le cadre de procédures judiciaires. Il faut dire qu’en général, les professionnels du droit – avocats, procureurs ou magistrats – sont peu familiarisés avec les mathématiques. Nous avons tous eu l’occasion de le constater lors de notre parcours au lycée : les matheux vont vers des filières scientifiques, les non matheux vers des filières plus verbeuses, l’univers du droit en faisant intégralement partie.

C’est pourquoi l’usage des maths dans le cadre d’un procès n’est pas chose aisée. Car étant peu à même de juger de la validité de telle ou telle approche, avocats et juges sont incapables de déterminer la pertinence des conclusions proposées par les experts approchés par la défense ou les parties plaignantes. Résultat : de monstrueuses erreurs judiciaires se produisent, du fait d’approximations injustifiées, ou d’erreurs de calculs de probabilités.

Nous voici donc plongés dans la recension de plusieurs affaires plus ou moins célèbres, qui relèvent surtout du fait divers. Au début, c’est tout nouveau, on s’intéresse aux différents cas décrits, avec plus ou moins d’empathie. Mais à la quatrième ou cinquième affaire, on finit un peu par se lasser, c’est humain. Et c’est peut-être le principal travers de ce livre, écrit par deux mathématiciennes, Leila Schneps et sa fille Coralie Colmez, livre qui n’en reste pas moins très agréable à lire. Ce n’est pas tant de maths au sens large, qu’il est question ici, que d’un domaine spécifique : le calcul des probabilités. Et il est vrai que dans les principaux faits divers traités dans les premiers chapitres du livre, ce sont en effet les mêmes erreurs qui se reproduisent.

Dès lors, on se dit que ce livre n’est pas tant fait pour les matheux – même si quelques rappels de proba ne font pas de mal – que pour les « baveux », susceptibles de se faire embrouiller par un calcul erroné de probabilités conditionnelles.

Les derniers chapitres du livre abordent deux sujets intéressants peut-être plus par leur narration que par l’angle scientifique. Il s’agit de l’histoire de Charles Ponzi et de l’affaire Dreyfus. Du schéma de Ponzi, on a tous entendu parler ces dernières années, avec l’affaire Madoff. Mais qui connaît la véritable histoire de Carlo, dit Charles, Ponzi ? Comment de petit immigré italien sans le sou il est devenu à la fois millionnaire et escroc, profitant au départ d’un arbitrage astucieux sur les timbres postes?

Quant à l’affaire Dreyfus, même si elle fait partie du patrimoine national, nous avons tous des souvenirs plus ou moins précis de son déroulement. Le chapitre qui lui est consacré s’attarde plus particulièrement sur les méthodes employées par les experts chargés de reconnaître l’écriture de Dreyfus, et notamment Alphonse Bertillon.

Bref, voici un livre intéressant à plus d’un titre, mais qui mériterait probablement un deuxième volet un peu plus poussé, à destination d’un public plus matheux, et moins porté vers le storytelling.

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