Les Justes

Un terroriste est-il forcément un salaud? Oui, pensez-vous probablement. Pas si simple, répond Camus. Et pour vous en convaincre, (re-)lisez donc Les Justes. Cette pièce, qui date de plus d’un demi-siècle, pose toute la complexité du combat armé pour une cause, aussi juste soit-elle: jusqu’où un terroriste peut-il aller?

Les JustesCar qu’est ce qui caractérise un terroriste? Trois choses: une cause, des cibles, des moyens. Le reste n’est qu’affaire d’organisation, quel que soit le contexte, de la Colombie à la France, des Philippines aux Etats-Unis en passant par Israël.

Lutter contre la diffusion des moyens, c’est une tâche sans fin: explosifs, armes de poing, couteaux, est-il réellement envisageable d’en empêcher la diffusion sous le manteau, à moins d’entrer dans un état policier aux limites effrayantes? Lutter pour préserver les cibles, c’est ce que nous faisons en France depuis quelques mois: 10 00 soldats déployés pour protéger les sites sensibles, écoles, synagogues et autres institutions représentatives. Mais on ne peut pas tout protéger, et chaque dispositif présente son talon d’Achille.

Etrangement, personne ne pense à lutter contre la cause. Car la cause implique une conscience, qu’on ne reconnaît pas au terroriste, tant son acte paraît barbare – et il l’est, ne croyez pas que je cherche à absoudre les responsables des actes menés ces dernières décennies. Mais, et c’est ce qu’expose parfaitement Camus, le fait est là: le terroriste, quel qu’il soit, agit en toute conscience. Cette conscience peut l’amener à réprimer certains actes, comme refuser de tuer des enfants innocents en même temps que sa cible, ou au contraire à s’abstenir de tout sentiment et à aller au bout de ses actes.

Reconnaître cette conscience, c’est essayer de comprendre ce qui motive le terroriste, sans épouser sa cause, mais pour en comprendre les ressorts. C’est passer de l’autre côté du miroir, ce qu’on refuse obstinément tant la barbarie des actes nous offusque, mais qui se doit d’être fait si l’on veut chercher d’autres solutions que la répression violente, le flicage absolu ou la surveillance à outrance (et sans réelle assurance de risque zéro).

Cette prise de conscience peut être réciproque, elle doit l’être si on veut parvenir à l’apaisement. L’histoire récente nous a montré que de tels retournements étaient possibles. Sont-ils sincères? Peu importe. De Begin à Mandela, on a vu des terroristes devenir de grands hommes d’états, capables d’aller au-delà de leurs premières amours.

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas le partager ?