Les innovateurs
Publié il y a une dizaine d’années, ce pavé de 700 pages est consacré à ces individus qui ont pavé le chemin vers la révolution digitale. Construit de manière chronologique sur une douzaine de chapitres, allant d’Ada Lovelace à Sergei brin et Larry Page, il retrace l’épopée extraordinaire de ces inventeurs qui ont inventé le transistor, le microprocesseur, l’ordinateur individuel, la programmation ou l’Internet, s’attachant à chaque fois à détailler le long processus qui a permis l’émergence de ces technologies à la source de véritables bouleversements industriels. Un travail de recherche précis, très richement détaillé, qui peut parfois lasser par l’abondance des détails, et qui mériterait sûrement un chapitre supplémentaire autour des récents développements de l’IA et des LLM.
Walter Isaacson, après avoir consacré une biographie à Steve Jobs, Albert Einstein ou Benjamin Franklin, franchit un pas et s’intéresse à plusieurs dizaines d’individus, pour faire vivre au lecteur les étapes les plus importantes qui ont marqué l’évolution de l’humanité vers un monde numérique. Il commence bien évidemment par les plus anciennes figures associées à l’informatique, Ada Lovelace et Charles Babbage. Je lui suis reconnaissant d’expliquer plus clairement que je ne l’avais encore jamais lu un texte aussi claire pour expliquer cet héritage.
Suivent des chapitres passionnants sur les efforts menés pour construire le premier ordinateur, avec des contributions parfois connues et parfois complètement inconnues, puis un chapitre tout aussi passionnant sur le passage d’ordinateurs conçus pour un usage unique et souvent militaire, vers des ordinateurs aux usages plus variés, ce qui conduisit à l’émergence d’un nouveau paradigme, a programmation.
Les chapitres consacrés au transistor et au circuit imprimé sont tout aussi passionnants, et recouvrent une bonne partie de la guerre des semi-conducteurs, sans aborder les sujets géopolitiques en profondeur, comme le fait ce dernier. Les chapitres qui suivent (jeux vidéo, internet, ordinateur individuel, web) touchent à des sujets plus proches de nous, d’un point de vue chronologique, mais ont le mérite de remonter loin jusqu’aux origines de ces domaines. Si le lien entre Internet et Arpanet est connu, peu de gens savent comment celui-ci est né. De même, le lien entre la contre culture américaine et l’apparition de l’ordinateur individuel peut sembler déconcertant mais permet de découvrir des figures étonnantes.
On pourrait reprocher au livre de rentrer parfois un peu trop dans les détails superficiels, sur les goûts ou les habitudes des personnages évoqués, ou une tendance répétitive à vouloir expliquer le fabuleux destin de ces individus par leur ascendance – fils de pasteur, immigré juif – comme si cela suffisait à orienter leur parcours une fois pour toute. C’est assez réducteur, et gâche parfois le plaisir que provoque la lecture de ce livre qui n’est pas écrit que pour les passionnés de technologie. De même, un index des noms cités aurait probablement apporté une aide précieuse au lecteur un peu perdu dans l’abondance de figures mythiques, dont on retrouve des traces ou une filiation technologique plusieurs chapitres plus loin.
Mais ne boudons pas notr eplaisir : ce livre mérite de figurer dans n’importe quelle bibliothèque. Et son dernier chapitre consacré à l’essor de l’IA, même s’il n’aborde pas les récents progrès – et pour cause – mérite largement de figurer dans toute bonne bibliothèque.
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec















