Le Guépard

Je n’avais encore jamais vu le film que Visconti tira du Guépard, unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, aristocrate sicilien dont le réalisme désabusé séduit tout autant que son sens de la formule bien ciselée. On y découvre le destin de don Fabrice Salina, prince sicilien pris dans les tourments de la révolution garibaldienne, et la mise en place d’un ordre nouveau.

Nous voici donc plongés dans la Sicile de la seconde moitié du XIXème siècle. Prince sicilien, don Fabrice porte un regard méprisant sur tout ce qui l’entoure: sa famille qui le déçoit par son manque d’ambition, la petite bourgeoisie de Palerme, d’abord effrayée par les éclats des troupes de Garibaldi avant de rejoindre son camp, en quête d’ascension sociale. Seul son neveu, le bel et sympathique Tancrède trouve grâce à ses yeux. Quand celui-ci s’éprend de la fille de don Calogero Sedara, riche propriétaire d’ascendance douteuse, il est d’abord écoeuré, avant de se laisser convaincre par le charme d’Angélique, et les perspectives radieuses qu’offre la fortune récemment acquise par son père.

Tout dans ce roman respire la tristesse de la fin d’une époque, celle où l’aristocratie pouvait se prévaloir non seulement d’un pouvoir de droit divin, mais d’une éducation, et d’une classe à laquelle n’accèdera jamais la petite bourgeoisie. Ce que regrette don Fabrice, le Guépard, c’est ce déclin inéluctable, sur lequel il n’a plus prise. Don Fabrice ne peut que constater la prochaine disparition de sa classe sociale, au profit d’une bourgeoisie que l’auteur méprise autant que son héros. Dans ce tourbillon déprimant de petitesse, Tancrède et sa fiancée Angélique n’ont guère d’efforts à faire pour s’imposer. « Si nous voulons que tout continue, il faut que d’abord tout change« , explique-t-il. Certes, mais changer pour quelle société ? Et si Le guépard n’était, finalement, qu’une critique subtile du changement comme solution à tous nos problèmes?

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