La femme la plus riche du monde
Tous les biopics ne se ressemblent pas. Certains sont capables de s’élever plus haut que le récit linéaire de la la vie – ou d’un moment de la vie – de l’individu dont ils tracent le récit. C’est le cas de La femme la plus riche du monde, film de Thierry Klifa où une brochette d’acteurs français transcendent leur rôle, conférant à ce film une structure et une saveur particulièrement réussie.
L’histoire dont s’inspire ce film est connue, et fit les choux-gras de la presse – presse people et presse économique – durant de longues années. Il s’agit de l’affaire Bettencourt : l’héritière de l’empire l’Oréal, mariée à un ancien ministre fut la femme la plus riche du monde. Un photographe plus ou moins mondain réussit à s’introduire dans son cercle privé et bénéficier de largesses d’un montant astronomique, ce qui éveilla des soupçons de sa fille, mariée à un homme d’affaire.
Le film s’inspire des faits réels pour en livrer une libre interprétation, en dressant un profil psychologique à la fois tragique et savoureux : les rapports tendus entre une mère qui ne vit que pour son entreprise et une fille qui ne sent pas aimée, mais aussi ceux plus tragiques entre la fille d’un ancien soutien de la Cagoule, mariée à un proche de Mitterrand, partageant avec ce dernier un parcours douteux entre collaboration et résistance, et un gendre petit-fils de rabbin mort en déportation ; et bien entendu, l’immixtion d’un artiste raté, homosexuel affirmé, qui fait exploser une cellule familiale qui n’attendait qu »une étincelle pour prendre feu.
Voici donc un film d’excellent facture, où les premiers rôles s’en donnent à coeur joie, laissant out loisir aux seconds rôles pour exprimer tout leur talent – notamment un Raphaël Personnaz effrayant de violence contenue sous un calme apparent.
Allez voir ce film. Vous ne sortirez pas mieux informés sur l’affaire dont il est question, mais aurez passé un excellent moment en très bonne compagnie.
Hervé Kabla, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec


















