Google Chrome OS: l'autre GCOS

C’est sans doute la nouvelle la plus importante de la semaine passée, l’intention déclarée par Google de lancer un système d’exploitation pour Netbook, appelé Google Chrome OS. Vous avez bien lu, il ne s’agit pas d’Android, le système d’exploitation pour téléphone, initialement positionné sur le secteur des Netbooks également, et que l’on peut désormais tester sur son laptop, mais d’un tout nouvel OS, développé en open source, comme de bien entendu.

On en parle un peu partout, avec humour sur le CTO blog de Capgemini, avec foi comme chez Marc Fleury, ou quelques doutes comme chez Dave Winer. Pour ma part, je reste totalement circonspect, et voici pourquoi.

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  • Passons sur le nom de ce système d’exploitation, qui reprend la terminologie du navigateur: il n’y a pas plus bel acte manqué pour indiquer l’interpénétration entre navigation Internet et système d’exploitation, ce pourquoi Microsoft s’est fait tancer en long et en large durant les dix dernières années.
  • Passons également sur ses initiales – GCOS – un terme qui en dit long aux anciens de Bull
  • Google prétend que son futur système d’exploitation tournera sur différents types de plateforme, x86 ou ARM. Bon courage, la portabilité en matière de hard est un travail à part entière. Je veux bien croire que Google dispose d’un certain savoir-faire en ce domaine, mais il s’agit essentiellement d’outils internes. Là, Google va s’adresser au grand public et non à ses quelques milliers d’employés…
  • Google vise le format des Netbooks, ces petits PC qui ont énormément de succès paraît-il. Mais quelle génération de Netbooks Google vise-t-elle? L’actuelle, aux performances et aux dispositifs d’ouverture réduits? Ou celle qui verra probablement le jour dans deux ou trois ans, quand son système d’exploitation sera vraisemblablement prêt, et qui supporteront des tas de périphériques additionnels? Il s’agira alors, pour le Google Chrome OS, de danser la même danse du ventre que les versions actuelles de Windows, capable de supporter des centaines de périphériques différents…
  • Google se moque de Windows, dont il rappelle la lenteur au démarrage. C’est à moitié vrai. Qui n’a jamais été surpris par la rapidité d’un Windows lors de son premier démarrage? Ce n’est ni Vista, ni XP qui sont intrinsèquement long, mais la multitude d’applications que nous installons par-dessus et l’historique accumulé sur nos PC, qui rendent ces systèmes d’exploitation peu performants. On verra bien qui rira une fois qu’une centaine d’applications seront installées sur un Netbook pré-installé Google Chrome OS…
  • Tout les employés Google vous le diront, l’activité de Google est basée sur la confiance. La confiance dans les résultats du moteur, dans les revenus générés par AdSense, dans l’impartialité d’AdWords, dans la non-intrusion au sein des emails ou des documents hébergés sur les applications Google Apps. Mais la confiance est un ingénieux mix entre réalité, et perception de cette réalité. En gros, entre ce que Google fait, et comment son public le perçoit. Or en matière d’image et de perception, un système d’exploitation peut faire d’énormes dégats – il n’y a qu’à écouter les griefs de monsieur tout le monde vis a vis de Windows pour s’en convaincre. Quel serait l’impact d’un OS raté sur Google? La prise de risque est importante, le jeu en vaut-il la chandelle?

Au final, j’ai le sentiment que Google se trompe de combat. La mission de cette entreprise – « organiser l’information pour en faciliter l’accès au grand public » – est bien éloignée d’une annonce que tout le monde consent à interpréter comme une déclaration de guerre envers Microsoft. Est-ce là ce qu’on attend de Google?

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