François Mitterrand

Il y a vingt ans, disparaissait François Mitterrand. Quatrième président de la cinquième république, né durant le premier conflit mondial, au passé de résistant entaché d’une francisque et d’un engagement moins glorieux au début du second conflit, Mitterrand est pour moi à la fois un symbole d’un vingtième siècle révolu, et de toute l’ambiguïté que peut porter un être humain.

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Symbole du vingtième siècle, il le fut par son engagement politique. Loin d’être un météorite, Mitterrand fut de tous les combats de la gauche, de la fin de la guerre à son élection. C’est sous ses deux mandats – j’ai failli écrire son règne – que s’opérèrent de grandes transformations, dont la moins connue du jeune public est l’ouverture de la bande FM aux radios libres (et oui, avant lui, il n’y avait ni Fun Radio, ni Skyrock, ni NRJ et autres stupidités) et l’élargissement du nombre de chaînes de télévision (là encore, vous n’imaginez pas comment on faisait avec trois chaînes, TF1, Antenne 2 et France 3). Sa présidence fut clairement accompagnée de changements, d’une certaine volonté de moderniser la France.

Quel est le bilan de ces quatorze ans de pouvoir? Il est plutôt mitigé. Si nombre de chantiers ont été entreprise sous ses deux septennats, l’ère Mitterrand correspond également avec un certain déclin de la France, ou plutôt un renoncement, volontaire ou non, je ne le sais pas, avec une culture de l’excellence qui le précéda. Non pas que Mitterrand était un adepte de la médiocrité, j’en doute fort, et sa culture et son éloquence le distinguaient clairement de certains de ses successeurs. Peut-être que les années 80 à 95 correspondirent, tout simplement, à la montée des puissances émergentes, Chine, Brésil, sans parler de la réunification allemande.

Mort en 1996, il n’a pas, ou très peu, connu l’Internet. Les réseaux sociaux, le digital, l’innovation trépidante de la bulle des années 2000 à l’ère de la « French Tech », Mitterrand aura raté tout cela. Comment en aurait-il tiré profit? Je me le demande parfois. Mitterrand était un personnage public, mais aussi un homme de secrets, parfaitement adapté à son rôle.

L’ambiguïté était, finalement, la caractéristique principale de ce personnage. D’une jeunesse à droite, et même très à droite comme le fit découvrir Péan, Mitterrand avait gardé des accointances douteuses . Ses liens avec Bousquet choquèrent indéniablement même ses plus fidèles supporters. Son mépris de l’argent « qui corrompt » n’empêcha pas de voir graviter, autour de lui, des personnages moins sympathiques, de Bernard Tapie à Roland Dumas. La Mitterrandie fut frappée de quelques scandales financiers, comme l’affaire Pechiney, le scandale d’Elf, et même, dans une certaine mesure, le suicide de Pierre Bérégovoy.

Comme tout souvenir du passé, l’ère Mitterrand nous laisse le goût délicieusement parfumé de la nostalgie de notre jeunesse.

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