Finance Islamique

Le concept de finance islamique est apparu depuis une vingtaine d’années, du besoin de gérer des fonds importants dont les propriétaires, respectueux des préceptes de l’Islam, ne pouvaient se satisfaire des dérèglements de marché d’un libéralisme galopant, comme c’est le cas sur la plupart des places de marché. Pierre Gonzva corrigera surement les raccourcis que je prends dans ce cours billet, dans lequel je voudrais attirer l’attention du lecteur sur ce mouvement dont la portée va au-delà des pays à majorité musulmane, puisque mardi prochain se tiendront à Paris les Rencontres d’actualité – Finance islamique, organisés par l’AGEFI, l’une des revues les plus sérieuses du secteur financier en France.

De quoi s’agit-il? L’islam interdit la notion de riba, traduit par "usure". D’autre part, un certain nombre d’activités sont prohibées par la charia: les jeux de hasard, les activités en relation avec l’alcool, l’élevage porcin ou toute industrie ayant un lien avec la débauche. En 1970, l’Organisation de la conférence islamique (OCI) décida de remettre ces principes au goût du jour, notamment en matière économique. En 1974 fut créée la Banque islamique de développement, basée à Djedda. En 1975 fut créée la première banque islamique privée, la Dubaï Islamic Bank. Depuis, de nombreux établissements ont vu le jour, et des banques plus classiques ont ouvert des départements traitant dans le cadre de la Charia, si bien que les avoirs des insitituions financières islamiques représentent aujourd’hui de l’ordre de 230 milliards de dollars.

La finance islamique n’impose apparemment pas que les fonds soient gérés par des personnes de regigion musulmane, mais nécessite uniquement la connaissance et le respect de certains principes. Ainsi, lors des rencontres pré-citées, les divers produits financiers autorisés sont passés en revue. En voici quelques uns, dont j’ai pu glaner les définitions sur Internet (http://www.canadian-money-advisor.ca/fr/2006-05.html, ainsi que l’article sur Wikipedia).

  • ijara: mode de financement à moyen terme par lequel la banque achète des machines et des équipements puis en transfère l’usufruit au bénéficiaire pour une période durant laquelle elle conserve le titre de propriété de ces biens
  • musharaka: permet à un promoteur de mener un projet grâce à des fonds avancés par des apporteurs de capitaux dont la clé de répartition des gains et des pertes est fixée dans le contrat. Les apporteurs de capitaux supportent entièrement les pertes, et les promoteurs ne perdant le fruit de leur travail
  • tawarruq: manière islamique d’obtenir l’argent comptant quand car le client islamique a besoin de l’argent comptant, ils peuvent employer cet arrangement pour l’obtenir. Il implique d’acheter quelque chose sur le crédit reporté et de vendre l’article dessus pour obtenir l’argent comptant. En conséquence, l’argent comptant a été obtenu sans sortir un prêt et payer l’intérêt. Voir le murabahah pour l’opposé – une manière d’obtenir le crédit
  • murabaha: achat et revente
  • takaful: assurance basée non sur une approche probabiliste, mis sur une collection charitable de fonds basée sur l’aide mutuelle
  • sukuks: lien conventionnel.

Je ne connais pas d’équivalent de ce concept de finance islamique pour les autres grands monothéismes. Le judaïsme interdit bien certaines pratiques financières, ou tout du moins impose certaines limites: mais je ne connais pas de "banque judaïque" ou de "finance juive" en tant que tel. Quand à la chrétienté dans son ensemble, le fait même qu’il ait fallu passer par les communautés juives pour pouvoir disposer de prêteurs, en dit long sur la complexité de sa relation à l’argent. Mais là n’est pas le sujet de ce billet.

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