Dis papa, c’est quoi le #Next40 ?

Le Next40, il a la couleur du CAC 40, le goût du CAC 40, mais ce n’est pas le CAC 40. Mais alors c’est quoi? Juste une liste de start-up, ou plutôt de start-up et d’anciennes start-up (peut-on qualifier une entreprise comme VeePee ou OVH de start-up? et pourquoi pas Orange, tant qu’on y est…) qui présentent la particularité d’avoir progressé très rapidement, et pour la plupart, réalisé des levées de fonds supérieures à 50, 80 voire 100 millions d’euros. Des licornes en puissance, quoi. La presse économique en faisait les gros titres ce matin, et je pique le schéma suivant de l’article des Echos.

Fort bien, mais à quoi sert donc cette liste? Et bien dans sa grande mansuétude, le gouvernement a décidé d’investir massivement dans un plan de soutien des start-up françaises les plus brillantes, dont ces « Next40 » font bien évidemment partie. On parle de 5 milliards d’euros. Et en quoi consiste donc ce plan? En un accompagnement sur mesure et stratégique, pour les aider à se développer à l’international et réussir leur introduction en bourse. Ça a l’air bien pensé, non ?

Et ben non. Cette annonce me laisse passablement perplexe. Au risque de me faire traiter de vieux grincheux qui n’y connaît rien, voici pour les raisons qui me poussent à porter ce jugement:

  • Premièrement, le mode de sélection. Le gouvernement décide d’aider … celles de ces start-up qui ont déjà brillé et ont déjà séduit les fonds d’investissement qui les assistent. Autrement dit, au lieu d’aider celles qui en ont réellement besoin, on aide celles qui ont déjà fait leurs preuves. Bizarre, non?
  • Seconde raison, je doute que ces entrepreneurs brillants, à la tête d’entreprises comme Sigfox, VeePee ou OVH, aient besoin des conseils et de l’assistance de la haute administration pour faire encore mieux. Mon petit doigt me dit que cela risquerait même d’être le contraire (à moins qu’on ne décèle quelques surprenantes affaires de pantouflage dans quelques années…).
  • Troisième raison, le manque de cohérence. On retrouve dans cette liste des entreprises qui sont à des années-lumière en termes de développement. Entre un OVH ou un VeePee, sorties du siècle précédent, et un ContentSquare ou un SendinBlue, il y a un monde, deux ordres de grandeur. D’ailleurs j’ai mis les liens vers ces sociétés, inconnues du grand public. Un peu comme si vous mettiez la Carrefour et l’épicier du coin dans le même paquet cadeau. Encore plus bizarre, non?
  • Quatrième raison, on ne comprend pas du tout à quoi sert ce nom. Next40, ça fait rêver, mais on ne sait vraiment pas à quoi va servir cet indice qui n’en est pas un, puisque la plupart de ces sociétés ne sont pas cotées. A moins que le plan, ce soit justement de toutes les pousser à s’introduire sur Euronext? Incompréhensible. Un peu comme si j’appelais mes voisins les Next30.

En réalité, l’annonce d’hier soir me fait penser à la différence entre le mode de communication de Barack Obama et de François Hollande lors de la Coupe du Monde 2014. Alors que le président américain encourageait son équipe avant chaque match, le président français, lui, ne félicitait l’équipe de France qu’après le match et en cas de victoire.

Allez les bleus… victorieux.

C’est ce qui fait toute la différence entre la tech française et la tech américaine. Aux US, on donne les moyens à ceux qui sont prêts à faire des sacrifices pour réussir, on les encourage. En France, on félicite ceux qui ont déjà réussi, au moins on ne pourra pas nous reprocher d’avoir aidé des entreprises qui se sont plantées. C’est exactement la culture du risque qu’évoque Gilles Babinet.

Si l’état veut réellement soutenir la tech française, c’est en s’inspirant de démarches comme celles que décrit Mariana Mazzucato dans son livre Entrepreneurial State. Ce n’est pas en intervenant directement auprès des entreprises ou en favorisant à outrance le capital-risque, mais en poussant les entreprises dans les bonnes directions, celles qui permettront dans 10 ou 20 ans de disposer de véritables champions industriels. En finançant des filières d’avenir par le financement de la recherche, seule à même d’assurer les réussites industrielles que nous espérons tous. en valorisant la prise de risque – celles qui n’ont ps encore levé – et non en se congratulant autour de celles qui ont franchi un cap.

Bref, comme la #FrenchTech, le #Next40 est certainement appelé à un très beau destin national.

Mais national seulement.

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