Deuxième table-ronde. Aspects cliniques et scientifiques

Intervention d’Eliane Gluckman, présidente d’Eurocord, présidente de l’Ecole européenne d’hématologie. Pionnière dans les thérapies ayant recours au sang de cordon. Elle rend hommage à Georges Mathé, décédé la semaine passée, pionnier des greffes en France. Elle réalisa la première greffe en 1988 avec le sang de cordon. Innovations: auparavant, on greffait la moelle osseuse; démonstration que dans un seul prélèvement de sang de cordon ombilical, on avait assez de cellules pour réaliser la greffe; il fallait aussi prouver que le système immunitaire du nouveau né, bien qu’immature, offrait les bonnes propriétés.

Première greffe sur un petit garçon, à partir du sang de cordon de sa petite soeur. 20 ans après la greffe, le malade est totalement guéri (marié, père).

La grande innovation du sang de cordon, c’est qu’on peut élargir le nombre de greffeurs potentiels, par rapport à la moelle osseuse.

  • rapidement disponible
  • pas de délai pour la greffe
  • aucun problème éthique

Pour un pays comme la France, on estime que 50 000 unités de sang de cordon satisferaient les besoins.

Les acquis:

  • le sang de cordon peut remplacer la moelle osseuse, chez l’adulte ET chez l’enfant
  • plus de 80 indications mentionnées

Les progrès sont liés au développement des banques.

D’après le Lancet, meilleure survie sans rechute de leucémie chez l’enfant à partir des greffes de sang de cordon que des greffes de moelle osseuse?

Aujourd’hui, trouver un donneur n’est plus un problème. C’est un problème de choix entre HLA identique ou non.

Par leurs propriétés, les cellules souches se retrouvent entre les cellules embryonnaires et les cellules adultes. La cellule adulte n’a pas les propriétés de régénération, tandis que la cellule embryonnaire pose des problèmes éthiques.

Site d’Eurocord: www.eurocord-ed.org

Intervention du Pr Jacques Caen. Hématologiste, 18 ans à St Louis, 25 ans à Lariboisière.

Le cordon est un trésor: il faut le préserver, pour le sang, et pour le cordon lui-même. Les premiers travaux sur la veine du cordon datent de 1973. Les recommandations du groupe de travail de l’académie des sciences en janvier 2010: promouvoir les recherches, organiser la collecte et la conservation, informer. Les cellules souches mésenchymateuses (CSM) issues du cordon et du placenta: elles ont des propriétés analogues à celle de la moelle osseuse, elles ont les mêmes applications, et sont très peu immunogènes.

Les points à considérer: le consentement, l’information du personnel médical, les conditions de prélèvement et de conservation.

Trois utilisations: la recherche scientifique, l’usage thérapeutique, la valorisation industrielle.

Intervention du Pr. Jean-Jacques Lataillade (Hôpital Percy). Il rappelle que depuis 2005, on se sert de ces CSM chez des patients atteints de brûlures radiologiques accidentelles, qui résistent à la morphine et aux greffes d’épiderme. Premiers tests en 2005 par cellules souches autologues (prélevées dans la moelle osseuse). Les CSM sont multipotentes, et douées de propriétés stromales (facteurs de croissance).Une équipe chinoise a prouvé la première fois pour traiter des plaies chez l’animal. On parle de cellules médicaments.

Mais il y a de contraintes:

  • ces cellules sont rares, et il faut les mettre en culture pour les amplifier. Pour une greffe autologue, délai de culture de 3 semaines. Impossible de les utiliser dans l’urgence
  • en outre, il y a une instabilité génomique en culture des CSM adultes: anomalies chromosomiques aléatoires

On cherche donc d’autres ressources: notamment dans la graisse, ou dans le cordon (paroi du cordon appelée gelée de Wharton). Le prélèvement est plus facile que les cellules de moelle osseuse? Leur prolifération est meilleure, elles sont multipotentes et ont une plus grande naïveté immunologique.

Parmi les questions:

  • pourquoi ne pas faire évoluer la loi pour inclure le cordon lui-même, et non uniquement le sang de cordon?
  • quelles sont les sources de financement alternatives pour la recherche fondamentale? les thérapies cellulaires sont devant nous, et l’agence française de bio-médecine doit accompagner l’effort de recherche.MT Hermange rappelle: 100m€ affectés à la recherche sur les cellules souches embryonnaires, et 100m€ pour la recherche sur les cellules souches adultes
  • quel est le coût d’une équipe de recherche (vs. les investissements en Chine ou aux US)? 50m€ pour une usine. Pour un traitement, compte de 10000€ par patient (type incontinence), ou à 20 fois plus pour des cellules cardiaques (alternative à la greffe cardiaque).

Le Dr Benbunan rappelle que le délai de réaction en France a été long: 10 ans entre la première greffe et la première marque d’intérêt. Au Japon, le délai de réaction après l’expérimentation est de … 3mois.

Posted via email from Colloque sur le sang de cordon ombilical

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