Connexion / Fin

Le minitel prend la retraite après 30 ans de bons et loyaux service.

Inutile de revenir sur l’histoire du Minitel, ça ferait pleurer les lecteurs et lectrices de mon âges, et les plus jeunes ne l’ont peut-être pas connu. Mais j’aimerais attirer votre réflexion sur deux ou trois sujets périphériques.

D’abord son nom. Minitel. Le suffixe « tel » de Minitel signifiait qu’on pouvait y connecter le téléphone, mais pas uniquement. C’était l’époque où pour faire chic, on ne parlait pas d’informatique mais de télématique, sorte de mélange entre informatique et télévision. Inutile de vous dire que je n’ai jamais croisé un télématicien, ni de télématicienne.  Et puis Minitel, c’est un peu la version française de Microsoft, des noms qui ne veulent rien dire mais qui marquent bien les esprits.

Ensuite, ce qui m’a le plus marqué au sujet du Minitel, ce n’est pas son écran (robuste, avec ses 25 lignes de 80 caractères), ni le bruit du modem si caractéristique, mais … son clavier. Un modèle d’ergonomie ratée, avec ses toutes petites touches inutilisables par les gros doigts boudineux, la sensation désagréable d’écraser une mouche à chaque fois qu’on pressait une touche, ses flèches disposées n’importe comment, ses caractères de ponctuation placés eux aussi n’importe où, et ses boutons spéciaux (Sommaire, Connexion/Fin) qui m’agaçaient tant. Grrrr. On était au début des années 80, et les claviers d’ordinateurs existaient depuis pas mal de temps déjà, pourquoi en concevoir un aussi grotesque?

Le Minitel, c’est aussi l’un des derniers instruments démocratiques conçus en France. Il était accessible à toutes et à tous (à condition de passer faire un tour à son agence France Télécom, bien sûr). Petits et grands, riches ou pauvres, jeunes et seniors, nous avions tous le même (un peu comme l’iPhone d’ailleurs, si on y pense, mon voisin de TGV a même confondu le sien avec le mien pendant que je dormais hier après-midi, et m’a réveillé en se demandant qui avait changé les applis de son iPhone à lui…). Le Minitel, c’était la fracture numérique enfin ressoudée, une passerelle numérique entre tous les français. Rares furent les projets capables de bouleverser toute une nation sans introduire de disparité économique.

Qui a tué le Minitel? Le Web, bien entendu, même si le modem du Minitel était un excellent moyen pour se connecter à Internet via des passerelles X25. Il suffisait d’avoir le bon câble à connecter à son dos puis au port série de son ordinateur (un Atari, en l’occurrence) pour goûter aux premières joies de l’Internet. Mais l’interface des 3615 xxx et 3617 yyy ne pouvait évidemment pas rivaliser avec celle de sites web, qui eux tiraient parti des capacités graphiques et ergonomiques d’ordinateurs plus évolués. La disparition du Minitel, c’est une page qui se tourne, presque aussi importante que la disparition d’Internet, si un jour cela devait arriver…

 

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