Ad Astra

L’une des conséquences indirectes du confinement, c’est la surconsommation de films. Chaque soir ou presque, la cellule familiale se retrouve autour d’un même film. Mais parfois, le consensus n’arrive pas à émerger, entre les partisans d’une série, de la n-ième rediffusion de Harry Potter ou d’un film encore jamais vu. C’est ainsi que je me suis retrouvé à regarder Ad Astra, seul, en confinement.

Ad Astra, c’est justement l’histoire d’un homme seul et confiné. Un astronaute comme il pourrait en exister dans quelques décennies, une fois que l’homme aura repris la conquête spatiale. Son père, héros national, est porté disparu depuis une quinzaine d’années. Sa mission avait pour but d’explorer les confins du système solaire. Après un périple de sept ans, elle ne donne plus signe de vie.

Lui, le rejeton du héros, interprété par un Brad Pitt qui tire une gueule kilométrique, n’est qu’un simple employé d’une station spatiale juchée au sommet d’une antenne de plusieurs kilomètres. La scène d’introduction est d’ailleurs phénoménale de réalisme, et on se croirait à la place de Félix Baumgartner le jour où il a sauté en parachute depuis une altitude de 39km. Manque de bol, la terre est balayée de décharges électriques, dont l’origine semble être … la dernière position du vaisseau emprunté par son père. Notre héros est donc rappelé par son employeur, pour aller retrouver son paternel, et lui dire entre quatre zyeux d’arrêter de jouer au con.

La séquence d’ouverture, grandiose, une chute libre de plus de 30 kilomètres.

C’est ce voyage que raconte le film. Alors certes, pour les fans de Star Trek ou de Star Wars, en mal de duel à l’épée-laser et de voyages à une vitesse supraluminique, le film risque d’être décevant. Idem pour les adeptes des films hyper réalistes, tels Gravity sou Seul sur Mars. Ad Astra n’est pas un film réaliste : la propulsion par anti-matière, ou le vol direct Mars-Neptune en 79 jours ne sont pas encore à l’ordre du jour. Son propos n’est pas d’illustrer les difficultés de la conquête spatiale, mais d’explorer les tréfonds de l’espèce humaine, confrontée aux questions que cette même conquête soulève : marchandisation de l’espace, militarisation de la lune, ou risques posés par une démultiplication du trafic spatial.

Une séquence dantesque : course poursuite en rover sur la Lune

C’est aussi un film sur le deuil, le deuil du père en l’occurence. Quelle relation peut-on d’ailleurs créer avec un père qu’on a crû perdu, et que l’on retrouve, vingt ans plus tard, alors qu’il ne témoigne plus aucun attachement, ni à sa famille, ni à l’humanité dans son ensemble ? Les réponses qu’apporte Ad Astra ne sont pas toujours convaincantes, et le film tire peut-être un peu en longueur.

Mais la beauté du voyage vaut le déplacement.

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