Université d'été du MEDEF – Les recompositions géopolitiques – #uemedef11

Première table ronde consacrée aux recompositions géopolitiques. Après les révoltes du printemps arabe, rien de tel pour faire le point et écouter quelques bons intervenants. Petit reportage en live.

Pour Gilles Kepel (politologue spécialiste du monde arabe), on fête le 10e anniversaire du 11 septembre, et qu’on est peut-être en train de solder l’ère Ben Laden. Un nouveau monde est en train de s’écrire (note perso: on le disait déjà il y a 10 ans…).

Pour Pascal Boniface (directeur de l’IRIS et auteur d’un livre très polémique où il règle ses comptes avec quelques intervenants des autres conférences, comme Alexandre Adler qu’on s’étonne de ne pas voir à cette table…), , l’opinion publique est devenue un élément incontournable des relations internationales. Mais contrairement à la chute du bloc de l’Est, ce n’est pas un bloc qui s’effondre ici, mais plusieurs régimes qui arrivent au bout du rouleau.

Pour Jean-Louis Guigou (DG de l’IPEMED), la mondialisation, c’est faire n’importe quoi avec n’importe qui n’importe où. Une régionalisation s’impose un peu partout, plutôt qu’un retour aux nationalismes. La régionalisation est un retou rà la proximité, et pour l’Europe, l’enjeu est peut-être de travailler avec ces voisins de l’autre côté de la Méditerrannée, qui parlent français et redeviennent démocrates.

Monia Essaidi (présidente du MEDEF tunisien) rappelle qu’il ne s’agit pas de mettre en place une démocratie occidentale, et que l’islam n’est pas opposé à la démocratie. Après le vide créé par la société Ben Ali, on trouve désormais une véritable cacophonie, une grande effervescence (plus de 100 partis politiques).

Pour Catherine Withol de Wenden (spécialiste des migrations internationales au CERI), les démocraties européennes jouent un peu à l’épouvantail, avec la menace d’une hausse de l’immigration. En réalité, il y a eu peu de mouvements migratoires, car après la libération de ces états, les gens essaient de profiter des opportunités qui se présentent. En fait, l’Europe est devenue depuis un moment déjà le carrefour de flux migratoires massifs, à cause du différentiel économique entre l’Europe et ses voisins du sud, bien avant les révolutions. En fait, les migrations sud-sud sont aussi importantes que les migrations sud-nord. On l’a vu avec la Libye, terre d’accueil de ses voisins africains (principalement à cause des richesses pétrolières?).

William Bourdon (avocat) rappelle la leçon de modestie pour les instituts de prévision et les politologues… Cette série de révolutions a rappelé que l’homme arabe n’est aps forcément un barbu sanguinaire (on s’en doutait) mais aspire lui aussi à plus de démocratie.

Pierre Moscovici (député du Doubs), en guise de clin d’oeil, imagine que la même conférence un an plus tôt, n’aurait sans doute pas anticipé les événements de l’année. Il souhaite bon courage aux jeunes démocraties, pleines d’avenir.

Gérard Longuet (ministre de la Défense) prend le vocabulaire et le style de son poste de ministre. Il considère que les terrains de conflit latents n’ont pas changé: conflit israelo-arabe, océan indien, mer de Chine, conflit entre Pakistan et Inde: les vieux conflits perdurent. Par ailleurs, il soutient que les effectifs et les matériels ne sont rien si on ne dispose pas d’une culture de l’emploi, autrement dit de l’utilisation de ces moyens (note: mouais). Il conclut sur la mort de la Realpolitik.

ME: Oui à la fin de la Realpolitik, mais alors pourquoi la France prend elle des contacts avec des représentants de l’ancien régime? Elle rappelle que la révolution tunisienne a été jeune et numérique.

PB: ne pas condamner la Realpolitik.

WB: idem, la Realpolitik est attachée à l’exercice des prérogatives régaliennes de l’état.

Le débat s’oriente ensuite sur l’impact sur les entreprises: les révolutions arabes sont-elles bonnes pour le business?

François David (COFACE) commence par se payer la tronche des agences de notation, rappelant la dégradation de la note américain par S&P (malgré une erreur d’appréciation de 2000 Mds$), ou la dégradation de la note du Japon pour situation politique hésitante. Il se paie aussi les « oiseaux de mauvais augure » (ceux qui vendent des livres sur la crise). Mais il vante les mérites de la COFACE. Il rappelle l’outil qui établit la cohérence entre le nombre de défaillances d’entreprise et la situation économique: il n’y aura pas de récession selon François David, et plutôt une croissance mondiale de 3,2% (pas de double dip).

Michel de Rosen (DG d’Eutelsat) rappelle que sa société est présente dans cette région depuis plus de 20 ans, et qu’ils sont une société de contenants et non de contenus. En outre, les réseaux (et pas que les réseaux sociaux) ont été les vecteurs de la mobilisation: internet certes, mais aussi GSM et télévision (notamment Al Jazeera). Les tentatives de censure n’ont pas marché grâce à la diversité des offres (400 chaînes arabes distribuées par Eutelsat). Quand un régime tente de brouiller les chaînes démocrates, la diversité des canaux permet de continuer de diffuser.

Ceci étant, l’aspect économique reste important. Dans les EAU, 75% de la population a accès à Internet (35% en Tunisie, 5% en Libye, 1% en Irak). Pour travailler dans ces régions, il faut: 1/ une demande 2/ une offre 3/ des partenaires. La demande existe et elle est considérable. L’offre d’Eutelsat est excellente, et enfin, les partenaires sont là. Avis aux amateurs…

Jean-Paul Herteman (DG de SAFRAN) rappelle que la Chine et l’Inde forment autant d’ingénieurs que la France ou l’Europe. Il raconte l’histoire de l’implantation de SAFRAN au Maroc: 2000 personnes,des ingénieurs qui travaillent sur les systèmes électriques, les logiciels de sécurité (!), les inverseurs de puissance, etc. Moyenne d’âge 30 ans, bac+2, et surtout… 2/3 de femmes!

Dame Helen Alexander (a la tête de l’équivalent du MEDEF britannique), dans un français magnifique, s’interroge sur la focalisation sur les pays arabes. Pour elle, semble-t-il, il faut réfléchir beaucoup plus large…

ME: après la révolution tunisienne, il y a des risques de charognards, mais il faudra trouver des partenaires, c’est obligatoire, et ce ne sont pas forcément ceux auxquels ont pense en premier. Par exemple, la Tunisie a besoin de communication fiable et non orientée. Al Jazeera ne montre que les barbus et les chômeurs: il n’y a pas que cela en Tunisie. Au 1er trimestre 2011, et malgré près de 2 mois de manifestations, les exportations ont très vitre repris (hausse de 18%).

GL: petit éloge de l’industrie de l’armement. Léger flottement de sa voisine de gauche (Monia Essaïdi…). La France est en-deça de ce à quoi elle pourrait prétendre.

Merci à Nicolas Rossignol, qui anime avec un grand talent.

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