The Black Swan

Je n’avais encore jamais lu ce best-seller de Nassim Nicholas Taleb, même si j’en avais déjà entendu parler, ou plutôt si j’avais remarqué les nombreuses fois ou Kahneman en parle. Je me suis donc procuré ce livre dans son édition de 2007, antérieure à la crise des subrprime, ce qui est bien dommage tant j’aurais apprécié voir ce que Taleb en dit. Puisque cette crise de 2008, comme de nombreuses autres, relève parfaitement du thème de The Black Swan: l’impact de ce que l’on considère improbable.

black swan talebThe Black Swan est un livre dense, qui aborde une multitude de sujets, avec pas mal d’humour et d’ironie. Taleb est un auteur talentueux, fin, cultivé, capable d’établir des liens et des relations entre des sujets assez variés: la lecture de The Black Swan est donc très agréable. Son propos, c’est de nous faire prendre conscience de notre mauvaise perception du risque d’occurence d’événements hautement improbables.

Plus précisément, Taleb distingue deux univers, qu’il appelle Mediocristan et Extremistan. En Mediocristan, les variations sont de faible amplitude, de sorte que lorsqu’on collectionne plusieurs individus ou plusieurs éléments d’une population, aucun ne peut influer fortement la mesure globale. Vous voulez un exemple: regardez votre consommation annuelle de calories: même si vous faites un peu trop la fête à certaines occasions dans l’année, aucun jour de l’année ne peut impacter significativement la somme global de ce que vous aurez ingurgité.

En Extremistan, en revanche, les choses se passent différemment. Dans une cohorte d’une taille quelconque, un individu peut significativement changer la moyenne. Prenez par exemple 1000 individus au hasard et calculez leur fortune globale. Pour peu que vous soyez tombé sur Bill Gates ou Bernard Arnault dans votre échantillon, vous pourriez observer de très fortes variations de la moyenne, simplement parce qu’un individu peut représenter plus de 99,9% de la contribution globale. Certes, la probabilité qu’un tel échantillon soit réuni est faible, mais elle n’est pas nulle.

Et bien pour Taleb, l’un des principaux maux qui ruinent l’humanité provient de ce que nous, êtres humains, tenons pour acquis que nous évoluons en Mediocristan, alors que nous évoluons, en réalité, en Extremistan à longueur de journée. Qu’il s’agisse de fortune personnelle, de vente de livres ou de ventes de logiciels, nous sommes régulièrement confrontés aux répercussions terribles – qu’elles soient positives ou négatices – d’une vie en Extremistan.

Taleb va plus loin. Pour lui, les marchés financiers font partie de ces domaines qui relèvent de l’Extremistan. Et toutes les théories qui n’en tiennent pas compte sont vouées, à terme, à être dénoncées comme fausses. La faute à qui? A un enseignement des statistiques qui fait la part belle aux modèles Gaussiens, là où il faudrait s’intéresser prioritairement à d’autres modèles, et notamment travaux de Mandelbrot.

Je n’ai hélas plus le vernis mathématique suffisant pour creuser plus profondément les arguments de Nassim Taleb, et je le regrette profondément. Mais j’ai trouvé, dans l’approche de son livre, ses exemples, et même dans la retranscription de certains éléments de sa biographie la même intelligence et le même brio que chez Kahneman ou d’autres auteurs. Sa description du quotidien de la vie en zone de guerre – de longues périodes d’ennui parsemées de soudaines et brèves périodes de tension – rend parfaitement compte de ce que représente la vie en Extremistan. Il va falloir s’habituer à se préparer le pire…

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