Panarabisme, révolution et médias sociaux

Il aura suffit de quelques semaines pour que certains des régimes les plus autoritaires du monde arabe s’écroulent, comme un château de cartes. Certains y voient la magie de Facebook et des médias sociaux. Bien que ce soit mon domaine d’activité, à la manière d’Olivier, je n’adhère pas à cette thèse, et je suis certain qu’il faut aller plus loin pour trouver les vraies raisons de cet immense jeu de dominos. Cause apparente ou cause profonde, pourquoi le monde arabe sombrent-il dans le chaos, pays après pays? A cette heure avancée de la nuit, lançons-nous dans un peu de géopolitique à deux balles mâtinée d’un zeste médias sociaux.

L’impact des médias sociaux est réel. Facebook, Twitter, les blogs, mais aussi les sites de partage vidéos moins connus, ont eu un réel impact, celui de catalyser les mouvements de révolte face à des dirigeants largement dépassés par l’amplification que procurent de tels réseaux sociaux. Mais il ne s’agit que de catalyseurs, d’accélérateurs, et non de déclencheurs. Il me semble à la fois prétentieux et méprisant de penser que ces outils seuls ont suffi à renverser les despotes. Il ne s’agit là que de moyens de communication rapides, tout comme la photo numérique ou les réseaux 3G.

La force de la langue. C’était jusque là un atout, qui permettait de mobiliser des millions de personnes vers un seul et même but, comme le faisait si bien Nasser. Désormais, « dégage » et « fous le camp » se traduisent facilement d’un dialecte arabe à un autre. A force de se ressembler, ces régimes corrompus sont devenus sensibles aux mêmes atteintes.

La force du peuple. Renverser un régime, quel qu’il soit, c’est avant tout une affaire de courage, d’intérêt commun qu’on fait passer avant son intérêt personnel. Et aussi de crise intérieure. Ces révolutions ne sont pas sorties du chapeau, elles sont le fruit de régimes totalitaires, trop longtemps tolérés par les démocraties européennes complaisantes à l’égard de ces leaders pas si charismatiques, à qui l’on ne demande que de contenir les flux migratoires. Chômage, pauvreté, sont les meilleurs ferments des révolutions.

Le soutien de l’armée. Un régime totalitaire a toujours besoin de l’armée pour se maintenir. Au Chili, en Libye ou en Cote-d’Ivoire, c’est toujours une affaire de militaires. Et lorsque l’armée joue la transition, comme cela a été le cas en Tunisie ou en Egypte, la cause est rapidement entendue. Maintenant, il faut comprendre pourquoi dans ces deux cas l’armée n’a pas défendu le leader en place, à l’inverse de ce qui se passe en Libye. Plusieurs options sont possibles: un officier supérieur qui attend son tour, l’influence des relations établies avec d’autres états, ou simplement l’incapacité du leader en question à maintenir son emprise psychologique ou économique sur son appareil militaire.

Le deuxième effet de la dette? La crise économique n’a pas touché que les pays les plus riches. La modernisation, le développement des infrastructures, les programmes militaires, la gestion d’un pays, cela coûte de l’argent. Est-ce qu’une crise de liquidité n’aurait pas frappé certains de ces « dictateurs » comme on les appelle maintenant?

La période que nous traversons est intense, historique. Et l’Histoire a besoin de temps pour que les événements puissent être appréciés dans la durée. Assurément, les médias sociaux ont jouée et joueront encore un rôle d’une importance capitale, et je conseille d’ailleurs à tous les leaders du moment, ou à leur service de communication, de se procurer « les médias sociaux expliqués à mon peuple boss« . Mais pour la vision complète, il faudra sûrement ajouter quelques ingrédients plus classiques…

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