La démographie de Twitter

Jon Bruner, journaliste chez O’Reilly, publie un très intéressant article sur la démographie de Twitter. Au travers d’une étude portant sur 400 000 comptes Twitter choisis aléatoirement, il ressort qu’en se focalisant sur les comptes considérés comme actifs (ceux ayant Twitter au moins une fois sur les 30 derniers jours), le nombre moyen de followers s’établit à 61, et qu’au delà de 1000 followers, on appartient à un club qui ne représente que 4% des utilisateurs de la plateforme. En moyenne, un utilisateur de Twutter suit 117 autres utilisateurs.

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Voici deux graphiques qui accompagnent l’étude, réalisée à l’automne 2013, sur les comptes créés avant septembre 2013.

You're a bigger deal on Twitter than you think

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Cette étude m’amène à formuler quelques commentaires.

Twitter est un outil élitiste

Si Twitter est un outil d’accès gratuit et complètement ouvert, son utilisation, contrairement à Facebook, est plutôt élitiste. On n’y accomplit pas les mêmes activités, et surtout, on n’y retrouve pas aussi facilement ses amis que sur Facebook. C’est ce qui explique, je crois, la vitesse de déploiement différente de celle de Facebook, et le fait qu’on n’y retrouve pas les mêmes communautés. De nombreux comptes Twitter ont été créés par des utilisateurs qui ne s’en servent plus au bout de quelques jours, n’ayant trouvé aucun de leurs amis et ne trouvant pas d’intérêt particulier à la plateforme.

A l’inverse, une petite frange d’individus (les 4% surement) y ont trouvé un gisement pour exploiter leur potentiel relationnel. Communicants dans l’âme, ils étaient déjà ultraconnectés avant même de prendre pied sur Twitter. Ils forment cette « élite », à laquelle je revendique mon appartenance, par une utilisation régulière et intensive de cette plateforme.

Le biais de l’âge d’un compte

Un compte Twitter évolue avec le temps: en général, le nombre de followers tend à progresser. C’est normal, et c’est dû à la fois au fait que Twitter touche progressivement de plus en plus de gens, et qu’on est amené à être visible de plus en plus de gens au travers de son activité propre. Ainsi, mon compte personnel possède près de 5000 followers après un peu plus de 6 années passées sur Twitter. Ces 5000 followers ne sont pas arrivés d’un coup, ni en une semaine, ni en un an, ne serait-ce qu’en raison de la taille de la communauté es utilisateurs en 2008, ou en 2009. Mais si je créais mon compte aujourd’hui, il est fort vraisemblable que la progression du nombre d’abonnés serait plus rapide.

Corrélation entre tweets et abonnés

Alexandre Moatti aborde ce sujet dans un récent article, qui mérite d’être encore plus creusé. Cette corrélation est évidente, pour qui pratique Twitter au quotidien. De longues périodes dans tweet (par exemple durant les vacances) conduisent à une stagnation du nombre de followers, tandis qu’une période de tweets intensifs, comme un LT d’une conférence, génèrent un afflux d’abonnés, de manière assez logique.

Pourtant, il existe des comptes avec très peu de tweets et et d’abonnements, mais avec de nombreux abonnés. Ce sont, en général, des comptes de stars ou de personnalités déjà très visibles. Pour celles-là, la vitesse de progression doit probablement suivre une loi différente.

Peut-on classer – au sens des classes d’équivalence, comme le propose Alexandre – les différents profils d’utilisateurs de Twitter? Y a-t-il des invariants, des vitesses constantes? Ce domaine mériterait d’être creusé, et je suis prêt à accueillir un thésard dans mon équipe pour explorer cet univers plus en profondeur.

Quelques remarques sur la méthode

Pour construire son échantillon de comptes à explorer, Bruner indique s’être appuyé sur une extraction aléatoire en fonction de l’identifiant des comptes Twitter. Ces identifiants uniques sont générés de manière croissante, et à la date de l’étude, 1,9 milliards d’entre eux avaient été produits. Leur densité, cependant, n’est pas homogène: les identifiants étaient plus denses avant juillet 2012, moins denses ensuite.

Choisir 400 000 identifiants au hasard peut sembler une bonne approche pour obtenir un échantillon représentatif. A un bémol prêt, cependant: tous ces comptes n’ont pas la même ancienneté. Et comme je l’ai évoqué plus haut, un compte plus ancien a de fortes chances d’avoir acquis bien plus d’abonnés qu’un compte récent.

J’aurais préféré que cette étude analyse, par exemple, des groupes de comptes ayant le même âge, soit à la même date, soit à des dates différentes.Comparer mon compte vieux de 6 ans à un compte ayant 1 an d’ancienneté ne me semble pas correct; comparer l’état dans lequel était mon compte à l’âge d’un an (soit en avril 2008) à un compte âgé d’un an permettrait sans doute de se débarrasser de ce biais temporel.

Twitter est un outil remarquable, et la dynamique démographique de Twitter mériterait sans doute une étude plus complète sur le sujet: qui se lancera le premier?

 

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