Il y a 40 ans, la guerre des six jours

Il y a quarante ans, le matin du 5 juin 1967, démarrait la Guerre des Six Jours, l’une des guerres les plus rapides qu’ait connu l’humanité. Une guerre éclair, qui dura moins d’une semaine, et vit le jeune état israelien l’emporter sans conteste sur ses voisins. Ce fut une victoire totale, écrasante, aussi bien pour le vainqueur que pour les vaincus. De ces victoires qui appellent à des défaites, ou des lendemains moins heureux. Retour sur six jours qui changèrent la face du monde.

L’avant-guerre

Comme pour tout conflit, une remontée aux origines s’impose. Fondé en 1948 par les descendants des populations juives immigrées en ce qu’on appelait alors la Palestine, "occupée" par l’empire Ottoman puis par l’empire colonial britannique, et non fondée, comme certains le croient par des survivants de la Shoah,  l’état d’Israel a déjà connu deux conflits avant ce 5 juin 1967. Une première guerre d’indépendance, en deux étapes (1948 et 1949), l’a opposé à 5 armées arabes, et a vu les deux parties aboutir à un statut quo qui correspond peu au schema de partition proposé par l’ONU. Un second conflit, plus rapide, a vu Israel, allié à la France et à la Grande-Bretagne, imposer une sévère reculade aux forces égyptiennes, avant un rappel à l’ordre conjoint des Etats-Unis et de la défunte URSS.

Mais en mai 1967, la situation s’est brusquement dégradée. Le colonel Nasser veut sa revanche. Il exige et obtient le retrait des troupes de l’ONU stationnées dans le désert du Sinai. Il ferme le détroit de Tiran. Les nuages s’amoncèlent sur le proche-orient. Agé d’un an à l’époque, je n’ai bien sûr aucun souvenir de ce conflit. Mais j’en ai parlé à plusieurs reprises, autour de moi, avec ceux de la génération précédente, qui gardent tous un souvenir terrible de cette époque. La télévision n’était pas aussi répandue. Les nouvelles, diffusées par la radio, étaient alarmantes. La propagande arabe était efficace. Israel se trouvait une nouvelle fois la cible des dictateurs proche-orientaux. Nasser est un orateur violent, qui sait haranguer les foules.

A cette époque, le Golan est encore syrien, Gaza sous contrôle égyptien, Jerusalem-Est appartient aux jordaniens… On ne parle pas encore de peuple palestinien, mais de réfugiés de la guerre de 1948. Car aucun des voisins arabes d’Israel ne souhaitait, à cette époque, voir éclore un état palestinien.

Des mesures de sécurité s’imposent donc en Israel, où le général Moshe Dayan est nommé ministre de la défense. Peu de gens, à l’époque, furent capables d’analyser ce qui se tramait côté israélien. Et pourtant…

Les opérations

Sans vouloir mener une analyse approfondie du conflit lui-même, on peut dire qu’Israel a mené une guerre éclair en trois étapes:

  • La première étape, véritable coup de génie d’une armée moderne, c’est la réduction à néant des forces aériennes égyptiennes et syriennes, le matin du 5 juin. Une première ronde de bombardiers israéliens, des Skyhawk A4 encadrés par des Mirage III Dassault, de fabrication française, visent d’abord les pistes de décollage, afin d’empêcher tout chasseur ennemi de prendre l’air. Puis plusieurs rondes peuvent se livrer à un véritable tir au pigeon sur les avions bloqués au sol. Israel, en quelques heures, obtient la maîtrise des airs. L’Egypte et la Syrie retiendront la leçon, et se doteront d’armes anti-aériennes sophistiquées lors du conflit suivant, la Guerre de Kippour…
  • La seconde étape est une offensive terrestre rapide, menée alors qu’Israel dispose d’une maîtrise aérienne totale. Israel s’empare en moins de trois jours du Sinai et de la bande de Gaza, tandis que l’offensive au nord conduit les troupes de Tsahal a prendre possession du plateau du Golan dès le 9 juin.
  • La troisième étape, c’est l’entrée en conflit de la Jordanie. Le royaume hachémite du roi Hussein n’avait rien à gagner de ce conflit. Il mène une paix armée depuis 1948. Jerusalem et les lieux saints sont sous son contrôle. Qu’aurait-il à gagner? C’est apparemment sous l’influence – et la désinformation – de Nasser qu’Hussein engage ses troupes. Mal lui en pris, les forces israéliennes décidant de repousser une fois pour toute les forces jordaniennes le long du Jourdain. C’est la prise de la partie Est de Jerusalem, comprenant la vieille ville, dont on dit qu’elle fut prise à l’arme blanche pour éviter que les impacts de balle n’y apparaissent (je ne crois absolument pas à cette version, mais enfin, les légendes sont tenaces…).

Dès les premières heures du conflit, une rude bataille diplomatique est menée, visant à mettre un terme rapide au conflit. Ce sont ces intenses négociations, menées pendant que les forces arabes sont décimées, mais que l’ensemble des moyens de presse font état de victoires arabes durant les premiers jours, qui aboutiront à une cessation des hostilités au bout de six jours (et non, comme le veut la blague, le repos du Shabbat…). Il est à ce stade utile de rappeler que de telles négociations n’eurent point lieu durant les deux premières semaines de la Guerre de Kippour, durant lesquelles Israel fut ébranlé: ce n’est que lorsqu’Israel reprit le dessus et pénétra en territoire égyptien, que les membres de l’ONU virent un intérêt à mettre un terme au conflit. Il est bon de souligner ce point particulier, qui éclaire d’un jour étrange les efforts de nos diplomaties…

L’après-guerre

Au sortir de cette guerre, Israel est vainqueur dans les apparences. Pour moi, néanmoins, cette victoire militaire masque réalité une défaite.

  • Défaite politique. En mettant à genou Syrie et Egypte en moins d’une semaine, Israel ne peut plus tenir le rôle du faible. C’est quelque chose que les générations d’aujourd’hui ne peuvent pas comprendre, quand on leur parle de Tsahal et de l’armée israélienne comme étant l’une des plus entraînées et des mieux équipées au monde. Mais jusqu’en 967, l’Etat d’Israel était dans le camp des faibles. Désormais, Israel fera partie des forts, des puissants, des nantis. C’est de cette époque que date le refroidissement entre la France et Israel. La formule de de Gaulle – ce peuple d’élite, sûr de lui et dominateur  (mon père la parodie en peuple d’élites, fier de lui et dominateur), l’injuste embargo sur les ventes d’armes aux pays de la région (dans cette région et à cette époque, seul Israel était client Dassault …), font qu’Israel doit se chercher un nouvel allié. Ce seront les Etats-Unis, avec le risque d’unilatéralisme que cela représente.
  • Défaite militaire. Soit, Israel a remporté une victoire rapide, mais cela pourra-t-il durer? L’avenir a montré que non. Il a suffi que l’URSS réarme ses voisins, pour que six ans plus tard, l’avenir du jeune état soit de nouveau remis en cause. Dès que ses voisins furent dotés de systèmes anti-aériens modernes – les fameux SAM – Israel ne put disposer de la même suprématie aérienne. Et l’avantage numérique et démographique des pays qui l’entourent jouent dès lors en leur faveur… Cette guerre éclair n’a aucunement résolu le problème de sécurité. Plusieurs conflits suivront: Kippour, Liban, puis deux intifada, opposeront Israel avec ses voisins, ou, pire, avec les Palestiniens.
  • Défaite sociétale. En prenant possession de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, Israel a ouvert la boîte de Pandore. D’état légitime, Israel est passé au statut de puissance occupante, aux yeux du monde, ainsi qu’aux yeux des siens, même s’il a fallu la clairvoyance d’un Yeshayahou Leibowitz pour que la société israélienne en prenne conscience. Pire, Israel a donné au mouvement de libération palestinien une audience dont il n’avait pu bénéficier pendant les 19 années qui séparent l’indépendance d’Israel de la guerre des Six Jours. Ce qu’aucun pays arabe n’avait consenti à lui donner, le peuple Palestinien naissant entend désormais l’obtenir d’Israel. D’abord par les armes, puis par la négociation, après des accords d’Oslo qui, 26 ans plus tard, laisseront un moment envisager une paix possible. Et permettront alors à certains Palestiniens de voir leurs voisins israéliens, non comme des ennemis, mais les seuls alliés possibles dans la création de leur futur état…

Du 5 au 11 juin 1967, ces Six Jours ont durablement marqué le monde. Il était important, à l’occasion de ce 40e anniversaire, de ne pas laisser mes lecteurs dans l’ignorance de ce qui s’est passé durant cette semaine là.

Il existe de nombreux ouvrages et témoignages sur la Guerre des Six Jours. L’article en français de Wikipedia est plutôt pauvre, il vaut mieux, dans ce cas, se rabattre sur celui en anglais, beaucoup plus complet.

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