Il y a 30 ans…

Il y a 30 ans, je poussais les portes du siège de GFI, au 4 avenue Pablo Picasso, à Nanterre, pour ce qui allait être mon premier emploi, qui ne devait durer que huit mois au final. J’ai gardé quelques souvenirs de ce premier jour.

Les locaux de GFI, à Nanterre. Juste à côté de la piscine et du théâtre des Amandiers.

Il y a 30 ans, donc, je découvrais mon premier job. J’avais un chef assez surprenant, un certain François Chane, que j’ai perdu de vue depuis lors. Je crois que c’était un Gadzart. Il avait un humour pince sans rire qui, pour un ingénieur débutant un peu timide comme moi, n’était pas facile à appréhender. Je me souviens d’une de ses remarques, qu’il me fit le jour même de mon arrivée: « la seule chose dont on est sûr quand on rentre dans une boîte, c’est qu’un jour on va la quitter! » Sage précepte, qui ne m’a pas quitté depuis, et que je ressors à mes interlocuteurs, de temps à autre.

De fait, François Chane et moi avons quitté GFI le même jour, à la fin du mois d’avril 1990. Une restructuration avait eu lieu dans le département où nous travaillions (alors dirigé par un X, un certain Frédéric-Georges Roux), et les changements induits avaient mécontenté pas mal de monde: quasiment toute l’équipe à laquelle j’avais été intégré soit près de 30 personnes, quitta GFI en quelques mois. Pour ma part, je rejoignais alors Dassault Systèmes, non sans embarquer avec moi deux de mes anciens collègues, Yves Gaignard et Olivier Ducroux, qui y travaillent encore, je crois.

Quel était mon premier job? Je m’en souviens encore. Il s’agissait d’un logiciel développé par GFI pour le compte d’une autre société de services, je crois qu’elle s’appelait Télésystèmes. Il s’agissait d’un logiciel de transfert de données bancaires, utilisant un protocole particulier. Le logiciel était développé sur un type d’ordinateur que je découvrais alors, les ordinateurs TANDEM, dans un langage particulier, appelé TAL (TANDEM a depuis été rachetée par HP).

Les ordinateurs TANDEM étaient des petits mainframes (je crois, je ne me souviens pas d’en avoir vu en réalité, je n’ai été au contact que des terminaux), dont la particularité était la tolérance de pannes, via un système complètement redondant. Je ne me souviens plus exactement quel était le système d’exploitation qui tournait dessus, mais je me souviens d’un environnement pas super « friendly ». Pour un jeune diplômé, qui sortait d’école d’application et de deux stages à l’INRIA passés à développer sur des stations de travail SUN, cette première mission ressemblait à un retour à l’âge de pierre. Mais faisant contre mauvaise fortune bon coeur, et me souvenant que GFI avait financé mes études pendant deux ans grâce à un pré-contrat, je me plongeais dans l’étude du TAL

Le TAL, en lui-même, n’était pas si compliqué. En termes de syntaxe, TAL se rapprochait assez fortement de PASCAL. Mais la grande difficulté, c’était le mode de programmation que m’avait imposé l’un des ingénieurs du projet, dont j’ai complètement oublié le nom: il voulait à tout prix développer un « automate« . Malgré mes 2 ans à Télécom Paris, mon DEA d’Intelligence Artificielle en cours, mes deux stages à l’INRIA et mon option informatique à l’X, je n’avais jamais encore entendu parler de ce concept ! Ce n’était pas si difficile en soi, mais je ne comprenais pas pourquoi il fallait s’embarrasser d’une telle complexité pour gérer l’échange de petits paquets de données entre deux ordinateurs. J’étais jeune et innocent, et je découvrais alors avec peine l’informatique transactionnelle…

Le projet fut une réussite. Après avoir développé le soft, l’avoir installé, testé, et débuggé en temps réel sous le regard ahuri du client Télésystèmes, je pouvais passer à un autre projet. Nous étions en février 1990, et c’est alors que se produisit la restructuration dont j’ai parlé plus haut. Pris dans un maelström un peu politique auquel je ne comprenais rien, je me retrouvais sur une mission sordide où on me demandait de traduire des écrans 3270 en écrans Minitel. Ce n’était plus l’âge de pierre, c’était l’ère des dinosaures, autrement dit, le moment d’aller voir ailleurs si on avait besoin d’informaticiens en mal de projet. Et c’est comme cela que je débarquais quelques semaines plus tard chez Dassault Systèmes…

Un terminal 3270. Flippant non? À côté, un minitel fait ultra-moderne…

De cette époque, j’ai gardé quelques contacts, notamment avec Laurence Hagège, devenue directrice de la communication d’une prometteuse start-up, et Sylvie Lachkar avec qui j’ai écrit un livre sur le Social Selling. Mais que sont devenus les autres collègues de cette époque? Je n’en sais rien. Les deux qui m’avaient suivi chez Dassault y travaillent encore, mais que sont devenus les autres, comme Alain Dubreuil et François Chane? Je n’en sais rien.

De même que je ne sais pas ce qu’est devenu ce développeur génial (je crois qu’il s’appelait Philippe), maigre comme un clou, qui fumait cigarette sur cigarette, mangeait avec une lenteur infinie, et développait tout à base d’automates, tout en faisant les mots-croisés du Canard Enchaîné, ni son copain, un grand ténébreux qui se nommait Marc Herry. De même, je ne sais pas ce qu’est devenu Mohamed Manas, je crois qu’il est resté chez GFI. J’ai croisé une fois Anne Guillais, qui était partie un peu avant moi rejoindre une start-up qui développait des logiciels financiers sur station NeXT. Mais je ne sais pas ce qu’est devenu Moreau (j’ai oublié son prénom), qui dirigeait le département où je travaillais. Et je me souviens de deux ou trois autres encore, dont j’aurais des nouvelles avec plaisir, en espérant qu’ils sont encore de ce monde: en 30 ans, il peut se passer tant de choses…

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