La disparition de Joseph Mengele

Joseph Mengele. Son nom seul a de quoi faire frissonner. Officier SS et médecin dans le camp d’Auschwitz, il y participa à la sélection des déportés et se livra à d’immondes expérimentations soi-disant scientifiques, sur des jumeaux ou des prisonniers atteints de malformations physiques. Une fois le régime nazi défait, Mengele réussit à s’échapper, et parvint à se cacher pendant près de trente ans en Amérique du Sud. Comment? C’est le sujet de ce livre, écrit de main de maître par Olivier Guez, et toujours en lice pour le Goncourt 2017.

Avec talent, Olivier Guez retrace de manière hyper réaliste le quotidien de Mengele. Une première décennie passée confortablement dans une Argentine qui se livre sans retenue au délire péroniste. Entretenu par sa famille à distance – le père dirige une florissante entreprise de matériel agricole – Mengele vit confortablement, sous une fausse identité, certes, mais sans réelle inquiétude. Il peut divorcer, rencontrer son fils en Autriche, ou épouser son ex-belle-soeur sans que cela n’éveille les moindres soupçons, recevoir de l’argent de sa famille et rouler grand train.

Il faut dire qu’à cette époque, le monde n’a pas encore pris conscience de l’étendue de la Shoah. Mais avec l’enlèvement puis le procès d’Eichmann, le vent tourne. L’opinion publique réalise que nombre d’anciens tortionnaires sont encore en fuite. La période tranquille va prendre fin, la traque va bientôt commencer.

Fuyant le Mossad – pourtant occupé par d’autres affaires plus urgentes, bravo la realpolitik… – et d’autres chasseurs de nazi, Mengele va se cacher d’abord au Paraguay, puis au Brésil, au sein d’une famille de sympathisants hongrois. Le récit imaginaire de leur quotidien ne manque pas de croustillant. Mengele n’en peut plus de cette vie de chien, il finira par se noyer sur une plage brésilienne, en 1979. Il faudra plus de dix ans pour que sa mort soit confirmée, ses proches ayant étouffé l’événement pour ne pas être punis par la loi.

Oscillant entre fiction et récit historique, Olivier Guez livre une description très réaliste de ce qu’a pu être le quotidien de l’ancien SS, mâtinée d’une froide analyse des enjeux diplomatiques de la traque des anciens criminels nazis, dans un monde livré à la guerre froide, entre une RFA qui cherche à se construire une crédibilité, et un Israel qui doit fixer ses priorités en matière d’espionnage… Loin des visions imaginaires comme celle de Marathon Man, il fait ressortir le triste caractère humain de ce médecin fou, qui ne prit jamais conscience de ses délires monstrueux, et préféra se terrer dans la misère plutôt que répondre de ses actes.

Sans hésitation, La disparition de Joseph Mengele mérite sa place dans toute bonne bibliothèque.

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