Bac Nord

L’univers glauque des banlieues, la lente dérive qui s’y est déroulée depuis une cinquantaine d’années, et qui a conduit à la fois au développement de profils radicalisés et surtout, massivement, à une économie basée sur la drogue, tel est le thème de Bac Nord, le film français qui réalise a plus belle performance au box office depuis la rentrée. Un thème déjà abordé, par le passé, dans le terrifiant La Haine de Mathieu Kassovitz, ou dans le plus récent mais néanmoins virtuose Les Misérables de Ladj Ly, deux fictions dont le but aura été d’aider le grand public à prendre conscience d’un phénomène auquel il n’est que très rarement confronté, si ce n’est via quelques images au JT, lors d’émeutes ou de règlements de comptes.

Le propos de BAC Nord est similaire, mais l’approche est différente. Le film s’inspire en effet d’un fait divers qui remonte à une dizaine d’années, lorsque plusieurs policiers de la BAC – la Brigade anti-criminalité – des quartiers nord de Marseille furent interpellés, sur fond de trafic de stupéfiants. L’objet du film est alors moins de dénoncer la dérive des quartiers nord, que de réhabiliter les policiers inculpés, dont certains passèrent plusieurs jours en prison, à l’isolement, de manière à être protégés d’éventuelles représailles de la part de délinquants qu’ils auraient eux-mêmes envoyés en séjour carcéral…

L’affaire en question concernait une vingtaine de membres de la BAC nord de Marseille, mais le film, librement adapté, ne se focalise que sur une équipe de trois policiers, écoeurés de l’impunité dont bénéficient les dealers, et auquel leur chef va demander de réaliser un gros coup de filet, pour montrer que l’État peut reprendre la main sur ces quartiers difficiles.

En adoptant cette approche, le film perd en tension et en puissance, par opposition aux deux films cités plus haut. On passe ainsi les trente premières minutes dans des scènes d’une banalité totale, censées poser un cadre pour le reste de l’intrigue, mais qui conduisent plutôt à se demander si on ne s’est pas trompé de salle… Au lieu d’aller crescendo, comme un bon polar, Bac Nord s’essouffle et peine à retrouver l’intensité des rares scènes d’action – dont une spectaculaire dans un des blocs de la cité, qui rappelle, par certains égards, la scène finale des Misérables sans toutefois l’égaler…

Bref, Bac Nord est un film qui fera une carrière respectable, mais qui ne laissera pas la même trace que La Haine ou Les Misérables. Un film taillé sur mesure pour un acteur, Gilles Lellouche, qui impose son physique et sa gueule de cogneur, à la manière de Belmondo jadis. C’est dommage, il s’en est fallu de peu.

Sur le même thème, enfin, des quartiers nord de Marseille, j’invite les lecteurs à se procurer l’excellent French deconnection de Philippe Pujol. Car dans ce livre, on ne parle plus de fiction, mais de faits réels…

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