Après les printemps arabes, l’hiver gaulois?

Je ne sais pas à quoi aurait ressemblé Mai 68 sur WhatsApp et Facebook. Mais si les smartphones et les réseaux sociaux avaient existé à cette époque, je pense que le résultat n’aurait pas été très différent de ce que nous avons tous pu constater sur nos ordinateurs et nos téléphones durant ces dernières heures. Partout, sur une ligne allant de Trocadero aux Grands magasins, un déferlement de violence, semblable aux émeutes que nos postes de télévision ont pus souvent l’occasion de diffuser lors de mouvements de révoltes à l’étranger. Et l’impression que les fractures entre français ne cessent de s’élargir, sans trop savoir où tout cela peut nous mener.

Dans de telle occasions, il ne faut pas se contenter d’un seul point de vue: il faut lire aussi bien ce que disent les gens qui pensent comme vous, que ceux qui pensent comme ceux qui vous rebutent ou vous effraient. Comprendre les aspirations et les schemas de pensée du camp d’en face – si tant est qu’il soit monolithique – c’est très intéressant. Cela en dit long sur la nature humaine, sur les modes de pensée, sur ce qui vous unit ou vous sépare. Et c’est un premier pas vers la réconciliation, ou la recherche d’un terrain d’entente.

Les journaux télévisés et les reportages diffusés durant ces dernières vingt-quatre donnent un échantillon de ce que pensent les français en général. C’est donc par là que nous pouvons tous commencer, et c’est ce que j’ai fait presque toute la journée d’hier. Des images parfois hallucinantes. Il était étonnant, par exemple, de voir cet étrange et respectable monsieur d’un certain âge, visiblement habitant des beaux quartiers, déplorer les dégâts tout en donnant raison aux gilets jaunes: oui, disait-il, la pression fiscale devient intolérable … aussi bien pour les bas revenus que pour les individus les plus aisés. Comme quoi, au-delà des destructions, le ressentiment contre le président de la république touche toutes les couches de la société.

Autre cas intéressant dans ce vaste échantillon, ce fonctionnaire qui constate qu’à indice égale avec celui de son père, son pouvoir d’achat avait sombré en une vingtaine d’années: lui n’avait pu s’offrir de résidence secondaire! Encore aurait-il fallu juger si le-dit paternel n’avait pas hérité de ses parents (ce que l’allongement de la durée de vie rend de plus rare, mais qui s’en plaindra?), ou touché un tiercé dans l’ordre…

Ce qui ressort de ces violences inadmissibles, qui succèdent à des manifestations d’une ampleur incroyable, à en juger par les vidéos qui tournent sur certaines pages, c’est que les « gilets jaunes » veulent payer moins d’impôts, moins de taxes, tout en bénéficiant d’une couverture sociale renforcée (plus de retraites, aides aux jeunes, etc.) C’est là tout le paradoxe français: on veut bénéficier du beurre et de l’argent du beurre. Mais malheureusement, cela risque d’être difficile à réaliser.

L’hiver gaulois nous menace-t-il? On se dit que ce n’est pas tant le président Macron qui a du souci à se faire, que toute la classe politique. L’effondrement des partis traditionnels – PS, LR – au printemps 2017, au bénéfice des partis extrêmes, semble se poursuivre. Le retour annoncé de François Hollande ou de Ségolène Royal, il y a quelques jours, sur le devant de la politique, n’a rien d’une bonne nouvelle, au contraire. Les prochaines élections verront probablement un ras de marée rouge-brun, et la défaite, cette fois, des candidats En Marche!.

Mai 68 s’était achevé dans une immense démonstration de soutien au Général et aux institutions de la 5ème République. Emmanuel Macron bénéficiera-t-il d’un tel soutien, ou sommes-nous appelés à subir l’hiver gaulois pendant quelques semaines encore?…

Sur le même sujet, lire:

Cet article vous a plu? Partagez-le!