3DS et blueKiwi inventent le "conversation-centric"

Joli coup de buzz ce midi, avec l’annonce d’une prise de participation (minoritaire) de Dassault Systèmes, plus gros éditeur de logiciel français, dans blueKiwi, petit éditeur agé de moins de trois ans, et dont j’ai pu relater l’histoire des deux premières années tout au long du projet SmartKiwi, première mise en oeuvre de la plateforme blueKiwi en entreprise.

3ds-bluekiwi
Logo volontairement imaginaire...

Observateur privilégié de Dassault Systèmes de 1990 à 2007, et de blueKiwi de 2006 à 2008, voici mon analyse. Peut-être un peu grinçante, mais bon, je me suis fait une réputation d’objectivité; et il n’y a que les vrais amis qui savent critiquer, alors messieurs et mesdames les lecteurs, sachez humour garder…

Les bons cotés de l’affaire

  • blueKiwi s’offre vraisemblablement un bol d’air frais. Par les temps qui courent, l’appui d’un grand groupe est chose trop précieuse pour être négligée. Bravo Carlos, c’est bien vu.
  • L’alliance avec un géant de l’informatique industrielle ne doit pas paraître étrange. Dans l’assemblage des médias sociaux et de l’entreprise 2.0, les acteurs traditionnels sont bien trop timides. Certes, un acteur comme Microsoft aurait pur faire l’affaire, mais blueKiwi n’a sans doute pas encore assez de visibilité de l’autre côté de l’Atlantique, malgré tous les efforts de Julien…
  • Dassault Systèmes, habitué à surfer sur toutes les vagues, s’offre un peu de légitimité dans un domaine où ils ne sont pas présents, bénéficiant ainsi d’un coup de projecteur dans la rubrique « reseaux sociaux et web 2.0 ». Mais après?

Les choses à suivre

  • L’intégration des jeunes pousses au sein de Dassault Systèmes n’a jamais été chose facile… Chez DS, à Suresnes (et désormais à Vélizy), on dit, avec un sourire en coin, que les greffes ont du mal à prendre. SmarTeam a eu du mal à trouver sa place (c’est un euphémisme, tant le lobby pro Enovia V5 a laminé le pauvre éditeur israelien dans ses initiatives pourtant brillantes), Virtools y a laissé son management et un peu (beaucoup) de son dynamisme. Quant à certains autres, on dirait qu’ils n’existent même plus. Qu’en sera-t-il de blueKiwi lorsque DS rentrera un peu plus en force?
  • L’intégration des offres va sans doute devenir l’obsession numero un du management R&D. Qui a grand coup de « va y avoir sang au mur » et de « tu mets la stratégie de la boite en danger  » va sans doute accoucher d’une superbe présentation PowerPoint sur la vision stratégique, la complémentarité, l’interopérabilité, et autres grands mots en -ique ou en -té. Pimentés de néologismes anglais. Un pic des ventes d’Aspegic et Doliprane est à prévoir entre Velizy et Boulogne. Mais comme d’habitude, PowerPoint accouchera d’une souris. La petite équipe R&D de blueKiwi y survivra-t-elle? Cf plus loin.
  • DS (ou 3DS) a pris l’habitude de surfer sur les terminologies à la mode. Quand le SaaS était à la mode, il fallait faire du SaaS. Mais avec deux ans de retard et une absence absolue de moyens. Idem quand il a fallu faire du Windows (le premier logiciel Windows de DS fut … SolidWorks en 1997: la R&D majestueuse de Suresnes n’a rien pu pondre avant 1999, et encore. Les premières versions Windows de Pro/E datent de 1995…). Attendons-donc la prochaine mode, n’est-ce pas?

Les risques qui guettent l’un des deux acteurs

  • Fleuron de l’industrie du logiciel français dans les années 90, Dassault Systèmes a perdu de sa superbe (si, si). Ses clients sont exsangues (notez bien les noms des sous-traitants auto et aero qui licencient, vous y trouverez une partie de la clientèle maison…). Son marché sature. Son offre aussi. Sa R&D est … déplorable. blueKiwi a traîné dans les étages de Suresnes, de DSF et de ses agences en région pendant plus de deux ans. Croyez-vous qu’un manager de la R&D s’y soit intéressé? Allons-donc…  Quant à aller vendre le produit, je doute que les commandos de vendeurs de PLM parviennent à s’adapter à des gammes de prix bien en-deça des tarifs du catalogue V5/V6…
  • blueKiwi, jeune et brillante pousse, compte en son sein quelques ingénieurs talentueux dont je doute que la perspective de revenir dans le giron de « la Cour » soit appréciée sous les meilleurs auspices. Même de loin. Mais enfin, peut-être qu’avec le temps…
  • Pire, l’offre « conversation-centric » (après le design-centrc et le process-centric, on se demande si le marketing de DS sait faire autre chose que du centric…) fait furieusement penser à de la collaboration, chasse gardée … d’ENOVIA, si je ne m’abuse. Ira-t-on vers un ENOVIA bK? Une intégration avec MatrixOne? Un pricing au poste, à plusieurs centaines d’euros le poste? Ca va faire cher le billet sur le blog…

Bref, comme pour de nombreux mariages, on a bien sûr envie de féliciter les jeunes époux. Avec un grand et franc sourire. Mais on se dit aussi que les lendemains de noce risquent d’être bien rudes…

PS: à la date de l’annonce, le CAC perd 2,79%, le NASDAQ perd 1,83%, DS perd 3,20%. Il est bien révolu le temps où les annonces, aussi mineures soient-elles, propulsaient le cours de DS à des sommets. Sic transit gloria mundi.

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