Nuremberg
C’est avec une sensation étrange que je suis sorti de la projection de ce film d’un peu moins de deux heures trente, la sensation d’avoir été légèrement arnaqué. Je m’attendais à un film sur le procès de Nuremberg, et j’ai eu droit, finalement, à une sorte de drame psychologique entre un officier supérieur allemand (Hermann Goering, interprété par un Russel Crowe au sommet de son art) et un médecin psychologue chargé d’analyser le comportement de la vingtaine de dignitaires nazis en passe d’être condamnés (Rami Malek, moins à l’aise que pour jouer Freddy Mercury). Un drame psychologique qui se déroule dans le cadre du procès dont il est question, mais qui n’est nullement un film sur le procès lui-même. D’où ma déception.
Bref, nous voici donc en présence de Douglas Kelley, médecin psychiatre au sein de l’US Army, chargé d’évaluer le profil psychologique des 22 cadres et dignitaires nazis rassemblés à Nuremberg pour être jugés. Sa mission a pour but premier de limiter les risques de suicide, ceux d’Hitler et d’Himmler, quelques semaines plus tôt, ayant coupé l’herbe sous le pied des Alliés. Mais la teneur d’un tel procès n’est pas si simple, car en ces temps-là, il n’existe pas encore de cadre permettant de justifier la condamnation de cadres dirigeants d’un pays par un autre -le TPI viendra beaucoup plus tard. De même, les Etats-Unis n’étant pas entrés en guerre contre l’Allemagne, de quel droit un juge américain pourrait se référer durant un tel procès.
Ne serait-ce que pour ces éléments, le film mérite d’être vu. Mais ne vous attendez pas à comprendre comment et pourquoi le procès a pu avoir lieu, quel rôle ont pu jouer les représentants français ou russes dans ce cadre : on se limitera à une interview avec le Pape, seule autorité morale supérieure aux président américain…
Nous voici donc quelques minutes plus tard en présence des accusés allemands. De la même manière qu’on est passé rapidement sur le cadre juridique du procès, on va passer rapidement, très rapidement sur ces 22 personnages patibulaires. À l’exception de Goering, Streicher, Hess ou Ley qui va rapidement se suicider, vous n’aurez donc droit à aucune présentation des autres accusés : exit Jodl, Kaltenbrunner, Ribbentrop, Speer, von Neurath, Dönitz, etc. , qui ne sont pourtant pas des enfants de choeur, même si le film tente de faire passer Goering pour le leader du groupe. Peut-être est-ce le choix du livre, dont est tiré le film, plus justement intitulé Le Nazi et le Psychiatre ? Mais dans ce cas, pourquoi appeler ce film Nuremberg, quand on se contente d’évoquer les entretiens – intéressants, au demeurant – entre Goering et son interlocuteur, ou de passer de longs moments sur la femme et la fille du Reichsmarschall, histoire de donner un coup d’humanité au personnage ?
Nous aurons donc droit à seulement deux grandes scènes sur le procès, la première journée d’audience, et la plaidoirie du procureur américain, forcément balayé par un Goering impassible, histoire d’introduire la pièce finale de ce film – spoil alert – l’argumentation induite par les échanges avec le psychologue, l’impossibilité pour Goering de renier son attachement à Hitler. Au final, on nage entre les bonnes intentions et le discours vaguement anachronique, notamment sur la scène finale conçue comme un clin d’oeil au monde actuel et à la montée d’un Trump forcément fascisant aux yeux du réalisateur.
Ainsi, malgré d’indéniables qualités cinématographiques au niveau du jeu des acteurs, de la qualité des décors (particulièrement la restitution du tribunal) ou de la fidélité au déroulement du procès, le spectateur sort de ce film sans en savoir beaucoup plus sur le procès, ses protagonistes ou son déroulement.
Un bien piètre résultat pour deux heures et demi dans une salle obscure…
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec


















