Noé (avec lui c'est Arche ou crève…)

Le problème avec les adaptations des textes bibliques au cinéma, c’est qu’on est souvent déçus. Prenez les dix commandements, par exemple: difficile d’y retrouver le texte original, même dans l’adaptation célèbre avec Charlton Heston. Ou Samson et Dalila, adapté comme le précédent par Cécil B. De Mille: si peu à voir avec l’histoire originale. Avec Noé, le grand écart atteint des sommets. A croire que les scénaristes se croient plus créatifs Dieu lui-même!

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Quitte à faire original, il y aurait pourtant eu plusieurs approches possibles pour une adaptation du plus célèbre des survivants à une catastrophe naturelle.

Prenez par exemple l’angle scientifique. Dans quelles conditions de température et de pression un déluge est-il possible? Bonne question, non? Car si la terre contient suffisamment d’eau pour submerger l’ensemble des continents, où toute cette eau passe-t-elle une fois le déluge passé? Une élévation de température aurait-elle suffit? Ou bien plutôt une glaciation? Quel(s) phénomène(s) physique(s) aurai(en)t bien pu rendre plausible l’histoire du déluge?

Autre approche possible, coller au plus près au texte biblique. Nous parler des dimensions de l’Arche, que la Bible nous rappelle abondamment, de sa construction. Présenter la famille Noé comme un peu plus unie que dans ce film. Évoquer Babel, qui suit l’épisode du déluge. Nous parler des lois noah’ ides.

Mais non. Au lieu de cela, on a droit à une version ahurissante, où Noé – Russsel Crowe déguisé en boucher Bellivillois – doit se défendre de hordes sorties d’un Mad Max, à l’aide de monstres en pierre qui font plus penser à des Transformers qu’à des créatures divines (pour rappel, le texte biblique parle d’une construction humaine, par Noé et ses fils).

Et que dire de la femme de Noé, devenue magicienne à deux balles, capable d’ensorceler les animaux ou de faire des tests de grossesse improvisés?

Et que dire de sa propension à se débarrasser de sa propre progéniture? Noé, élu pour préserver une nouvelle souche d’humanité, qui se prend à vouloir éradiquer cette même humanité en tuant ses propres petites filles?

On nage en plein délire. Sans oublier le passager clandestin. Et oui, comme dans Passager 57, l’Arche embarque un clandestin qui risque de tout faire chavirer…

On atteint l’apogée avec Anthony Hopkins en Mathusalem qui fait penser à un maître Yoda échoué en pleine rade. Mais que diable allait-il faire dans cette galère…?

Bref, malgré quelques grandes scènes très réussies – l’arrivée majestueuse des animaux vers l’Arche, la création en six jours – ce Noé là ne marquera pas l’histoire, même pas celle du cinéma.

On lui préférera avec raison cette adaptation pleine d’humour, en dessin animé pour la télévision israélienne.

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