L’entreprise face aux réseaux sociaux, une conférence G9+

Les « machins » sociaux sont à la mode. Avant la conférence Media Aces de lundi prochain – il reste encore quelques places, n’attendez-pas la dernière limite – je me suis inscrit à la conférence de clôture de la quatorzaine des réseaux sociaux, organisée par le G9+. Des speakers de renom (Tara Hunt, Marc de Fouchécour, Versac, etc.), un sujet passionnant, seul le prix de 50€ m’a paru, a priori, un peu élevé – la conférence Media Aces, elle, ne coute que 10€… Au diable de l’avarice, c’est le tarif de la conférence annuelle du G9+, alors je me suis laissé tenter.

Au final, j’en ressors avec un sentiment très mitigé. En voici les principales raisons.

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Le lieu

La grande salle du sous-sol de la Maison des Arts et Métiers est certes très accueillante, mais n’est pas adaptée à ce type de manifestation: assis au fond de la salle, je n’ai pas réussi à capter de signal 3G (apparemment on pouvait en capter sur les rangées plus en avant). Pire, aucun WiFi gratuit pour une manifestation dédiée aux réseaux, cela relève de l’anachronisme. Au final, c’est la manifestation elle-même qui en pâtit, car elle est l’une des seules à pouvoir compter autant de geeks dans la salle incapables de Twitter en live. Même Versac s’en est retrouvé marri.  Pas sûr que le G9 ait réussi son opération séduction sur ce coup. Surtout après 14 jours de conférence…

L’animation

Luc Fayard aux commandes. Rien à dire, du travail de pro, en douceur: enjôleur avec ces dames, et jamais trop incisif avec ces messieurs. Sauf pour respecter l’horaire. Quant à l’animation graphique, elle est confiée à Fix.

L’intervention initiale de Tara Hunt

Autant vous le dire tout de go, je n’ai pas été subjugué. Cela m’a fait pensé à la pub du CD de Sade Adu il y a 20 ans de cela: « le disque qui donne envie d’être seul quand on est à deux et à deux quand on est seul« . Mais plutôt dans sa version parodiée: « la conférencière qui donne envie d’être dans la salle quand on y est pas et ailleurs quand on y est« .

L’étude SocioGeek par Dominique Cardon

SocioGeek, amusante étude, lancée il y a quelques mois déjà sous la forme d’un jeu, a rencontré un succès inespéré. 15000 participants via le WOM, c’est pas mal. Dominique Cardon livre quelques conclusions, en vrac:

  • une classification en 4 groupes sociologiques
    • Groupe 1 : exposition traditionnelle, conventions ritualisées (vacances, famille, mariage), ce qu’on accepte de montrer aux gens qui passent dans le salon (la chambre est fermée, pas le salon, rituel du 19e siècle) : en général peu d’amis
    • Groupe 2 : impudeur corporelle, photos qui exposent la nudité : profil plutôt jeune, niveau d’éducation  ou de revenus bas
    • Groupe 3 : théâtralisation du quotidien, mise en scène de soi dans la manière dont on se montre : culture du sympathique, du festif
    • Groupe 4 : photos trash, jeune, niveau socialement bas (en quoi diffère-t-il du second?)
  • Pas de corrélation entre niveau d’exposition et fréquence d’usage du web 2.0, mais corrélation entre niveau d’exposition et nombre d’amis : ‘exposer devient une ressource pour conquérir de nouveaux amis
  • Dans les choix d’amis, les jugements sociaux de la vraie vie reviennent : on choisit des gens qui nous ressemblent : homophilie.
  • Les réseaux sociaux reproduisent les clivages de la vraie vie.
  • Se montrer est une stratégie : on construit une image qui correspond au public qu’on cherche à conquérir.

Rien de transcendant, si ce n’est cette conclusion, que vous pourrez ressortir à table, avec votre beau-frère qui s’étonne du temps que vous passez sur Facebook et des risques que cela présente pour sa progéniture…

Le jeu / vote

Excellente idée que de faire voter la salle. Je me souviens de pareille animation l’an passé. Mais pourquoi proposer une multisélection visiblement défectueuse au public, au risque d’être la risée de toute la salle?

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La première table ronde

Du beua monde, vous ai-je dit. Outre les 3 pré-cités, on retrouvait l’ineffable Tarek Lebtahi, mon ancien collègue de DS, qui poursuit son offensive de charme à coup de plateforme collaborative (mais j’attends toujours le premier témoignage non officiel sur ce sujet, ou le premier screenshot probant), Philippe Pinault PDG de BlogSpirit et dont la plateforme TalkSpirit sert de communauté en ligne au G9 (dites blueKiwi, c’est-y pas un concurrent à vous, à force?), Cedric Giorgi de Goojet, Julien le Nestour de Schlumberger, Stéphanie Dommange de la SNCF.

Le bilan est là encore mitigé. Comme dans tout groupe humain de cette taille, les différences s’exacerbent: Marc de Fouchécour domine son sujet, et fait autorité sur la salle. Versac fait une fois encore une brillante démonstration de sa capacité analytique, son discours est aussi construit que ses textes, bref, on ne s’ennuit pas quand il parle. Ce n’est pas forcément le cas pour les autres participants.

En vrac:

Marc:

  • chaque collaborateur est un moteur de recherche en soi. Autrement dit, l’entreprise est un cloud de réseaux sociaux individuels. Pas mal vu.
  • Les réseaux sociaux sont nés du bas. Il est contre-nature de les imposer par le haut. Très juste, mais la démocratie aussi…
  • Les challenges du manager (librement inspiré de Tara Hunt)
    • Arrêter de parler, commencer à écouter
    • Faire partie de la communauté (enlever la caquette de manager)
    • Créer une expérience qu’ils vont aimer
    • Accepter que cela ne soit pas ce qu’on a prévu
    • Que peut-on donner à la communauté ? on arrive au ROI : ce que ça coûte, on le sait, mais le numérateur, il n’est peut-être pas de même nature que l’investissement

Versac:

  • En mars prochain, publie une étude sur les mécanismes des réseaux sociaux en entreprise, sur la base de 58 cas étudiés. Il distingue 4 profils:
    • Le réseau de fan : ex : Nike+. Les joggers se rencontrent désormais grâce à cela. Très juste
    • Les gens qui donnent des idées sur le développement du produit (crowdsourcing) : c’est très rare, voire utopique, sauf si service client collaboratif. Là aussi, très juste, même si c’est le coeur de métier de Feedback 2.0
    • Le débat : l’entreprise ne parle pas de son sujet à elle, mais met sa légitimité en avant via un débat sur un sujet particulier (ex : Yves Rocher). Les gens ne parlent pas d’YR, mais viennent pour monter des projets.
    • Les communautés d’expert, très courant dans le monde informatique : SAP. Mais aussi transport (ah?).
  • Beaucoup de mots valise très caricaturaux, dans le domaine des réseaux sociaux. Il n’y a pas une plateforme unique qui correspond à tout, donc à rien (aie, une pensée pour TalkSpirit ou blueKiwi…)
  • On ne monte pas un réseau social si on n’a jamais rien fait autour de son produit (et vice versa)
  • Cela relève plus de l’artisanat haute couture plutôt que de la grosse industrie

Stéphanie

  • « Les clients sont des amis ». (Note: penser à la sortir au prochain contrôleur croisé dans le TGV)
  • Le dialogue direct entre marketing et clients ne suffit pas : il faut montrer à l’extérieur ce qui se fait à l’intérieur.
  • Cultiver les réseaux réclame de la confiance dans les collaborateurs: passer du leadership du statut au leadership de la compétence (pas faux)

Cédric

  • Le mobile offre un espace de liberté aux salariés qui n’ont pas accès à internet au bureau (ça existe encore?) ou dont l’accès aux sites comme Facebook ou Twitter est filtré (ça…)

Tarik

  • Le plus important, ce n’est pas le réseau, c’est la plateforme. Il paraît même que ce serait l’ADN de l’entreprise.
  • J’ai appris que la plateforme est née en février 2009, que de nombreux projets en sont nés depuis (diable que ça va vite chez DS…), que 8000 collaborateurs l’utilisent quotidiennement. J’attends avec impatience les premières copies d’écran dès qu’elles seront partageables.

Julien

  • La piste aux étoiles du franglais: de stackality aux firmes dans le top quartile. De même, toutes les technologies peuvent être remixées, pour « fitter » avec la structure de l’organisation. C’est dur d’être bilingue dans les deux langues…
  • Malgré tout, une idée force: ce qui marche chez l’un ne marche pas forcément chez l’autre. Il manque à Julien le talent oratoire d’un Versac, mais ses idées ne sont pas fausses.

Philippe

  • Il n’a pas le sentiment de surfer sur la mode (ouf, on est rassurés)
  • Deux enjeux : la participation, et l’animation (gestion de communautés). On n’intervient pas sur le collaboratif si le participatif n’est pas acquis. Oserais-je dire et vice-versa?
  • Mais là aussi une idée maîtresse: le manager doit devenir un connecteur de talents, s’il veut réussir à faire passer un projet de réseau social d’entreprise

Au final, à 20h, j’ai considéré que j’en avais assez entendu. Dommage, j’ai raté Eric Suillet et Xavier Aucompte, que j’aurais apprécié écouter. Ce sera surement pour une prochaine fois…

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