La peine demeure…
Si vous cherchez un sujet clivant pour animer une soirée de Seder, en voici un parfait : la loi passée récemment en Israel, concernant l’usage la peine de mort pour les terroristes palestiniens. Au vu des réactions dans la presse occidentale, je suis certain que vous trouverez autour de votre table des partisans et de farouches opposants à cette loi, passée aussi vite qu’un décret sur la hausse du prix du timbre poste – absence de bicamérisme oblige – et qui promet de faire jaser, tant ses contours semblent encore flous.
Il faut dire que le sujet lu-même, indépendamment d’Israel, est déjà clivant. Je suis suffisamment vieux pour avoir vécu à une époque où la peine capitale existait encore en France, pour des crimes moins atroces que des actes terroristes, et je me souviens encore des réactions d’une bonne partie de la population française contre cette loi élaborée par un avocat juif, Robert Badinter, et passée sous un président socialiste… D’ailleurs, le débat est loin d’être clos, et on a vu régulièrement resurgir des politiciens français prêts à défendre un projet de loi pour rétablir la peine capitale, notamment après les attentats de 2015. Après tout, si vous aviez perdu une partie de vos proches au Batacalan ou lors des fusillades des quais de Seine, seriez-vous prêts à voir un Salah Abdeslam sortir de prison au bout de 25 ou 30 années de réclusion ? Et que dire des États-Unis, où la peine de mort existe encore dans près de la moitié des états, même si la tendance a été à l’abrogation ces dernières années.
Toujours est-il que la loi passée à l’initiative de députés de la droite extrême israélienne ne concerne pas de prisonniers de droit commun, mais des terroristes, autrement dit des assassins souhaitant tuer pour tuer, si possible en masse, des citoyens israéliens, quelle que soit d’ailleurs leur origine ou leur confession – gardez à l’esprit que des arabes israéliens ont été assassinés le 7 octobre 2023. Bref, on n’est ni dans le règlement e compte entre voyous, ni dans le crime passionnel, mais dans ce qui concerne une atteinte à la vie de citoyens. Dès lors, la peine de mort à l’encontre de tels individus sort du cadre qui pose débat dans l’hexagone…
Accessoirement, Israel a déjà par le passé eu tendance à zigouiller les candidats au meurtre de masse, plutôt qu’à leur proposer un procès en bonne et due forme, qui aurait des chances d’aboutir à une relaxe dans le cadre d’uné change de prisonniers quelques années plus tard. Sinwar, pourtant pas le genre de voisin avec qui vous aimeriez pendre un verre, en a lui-même bénéficié.
Là où l’on peut légitimement se poser des questions, c’est sur ce qui définit de manière claire un terroriste ou un acte terroriste. Un type qui commet un attentat suicide ne pose pas problème de manière évidente, puisqu’il souhaite sa mort. Mais un gars qui jette des pierres, même si la taille des pierres n’a rien à voir avec les cailloux du Petit Poucet ? Ou un autre qui conduit en voiture un candidat à l’attentat suicide ? Et quid de l’erreur judiciaire, en cas de dénonciation, par exemple, d’un terroriste qui n’en est pas un ?
Bien évidemment, Ben Gvir n’est probablement pas le député israélien le plus fin et le plus subtil, et j’ai des doutes sur sa propension à rentrer sur des débats comme les apprécient les juristes et avocats de tout ordre. D’autres auraient pu le faire, mais je doute qu’ils aient eu l’envie ou le besoin de s’intéresser à cette question qui prend, aujourd’hui, un aspect purement électoraliste. C’est peut-être cela qui pose le plus problème. Mais c’est un problème interne, un problème qu’Israel saura régler tout seul.
Sans l’aide ni les condamnations des politiciens et journalistes en tout genre qui profitent de l’occasion pour cracher un peu plus sur ce pays qui traverse sa troisième année de guerre. Que voulez-vous, les peuples ont la mémoire courte, et les élites d’aujourd’hui feraient probablement pâle figure si elles se retrouvaient dans le contexte d’une guerre totale avec leurs voisins, comme l’Europe en a connu par le passé.
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec















