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Yves du Manoir, des mythes au mythe

    par Alain Brachon, X1963,AB8442 Serge Delwasse, X1986, et Julien Ricaud, X2005.p

 

GU_2Yves du Manoir est une légende.

Légende du rugby français, capitaine du XV de France à 22 ans à sa sortie de Carva après 7 sélections dont 6 honorées comme élève, au jeu si spectaculaire qu’on donna son nom à la compétition favorisant le beau jeu, ancêtre du French flair. Rappelons toutefois que, bien qu’il ait perdu les huit matches qu’il disputa, il a contribué à réveiller un rugby français encore à la traîne. À cet égard, son importance pour le sport français est du même ordre que celle d’un Borotra (X1920S), par exemple.

Mais aussi légende de l’X, une des très rares gloires sportives que notre École ait accueillies, élève-pilote qui s’est écrasé à 23 ans, le matin de France-Ecosse 1928

Notre propos n’est pas ici de détailler sa carrière sportive, Wikipedia1 le fait nettement mieux que nous. Nous avons cherché à creuser un peu qui était ce mélange de Johnny Wilkinson, Pierre Closterman et Evariste Galois.

Casser les mythesNaissance

  • Yves du Manoir ne s’appelait pas Yves du Manoir, son vrai nom : Le Pelley Dumanoir (voir Image 2). C’est celui qui figure sur l’ensemble des actes de naissance de ses ancêtres2 — et nous sommes remontés jusqu’en 1690, plus loin que le vice-amiral (1770)3 — nous n’avons d’ailleurs pas trouvé de traces d’un changement officiel de nom qui confirmerait la déclaration sous serment de sa mère faite lors du mariage de son frère en 1927. Comme les grands hommes, les grandes dames ont leurs petites faiblesses. Dans le cas d’espèce, il n’est pas impossible que ladite dame, née Compte de Tallobre, ait estimé que sa famille méritait une réelle particule.
  • Accessoirement, ses quartiers de noblesse étaient assez récents. Son arrière-grand-oncle amiral et son arrière-grand-père capitaine de frégate ont reçu, quasi simultanément, les titres respectifs de comte et vicomte en 1816. Nous sommes donc loin de la noblesse d’épée, la récompense reçue l’étant probablement plus pour le choix politique d’allégeance à la Restauration que pour des faits d’armes au combat.
  • Il ne s’est pas engagé dans l’Armée de l’Air : c’est la plus grande légende urbaine véhiculée au sujet de notre ami Yves du Manoir : « à la sortie de l’X, il s’est engagé dans l’armée de l’air comme pilote ». La réalité est, comme souvent, beaucoup plus prosaïque. Démissionnaire, il s’est contenté d’effectuer son année de service militaire — qui n’était pas encore national — dans l’armée de l’air comme observateur. Ce choix de ce qui n’était encore que le Service de l’Aéronautique n’était absolument pas une vocation. Son intention première était d’aller dans la Marine Nationale. C’est pour rendre service à un camarade bitté4 par la magouilleuse5, qu’il a accepté de permuter avec lui. Au cours de son service militaire, il s’est engagé pour un an, toujours comme réserviste, afin de passer son brevet de pilote. C’est ainsi que l’image du jeune officier patriote à la vocation bien affirmée laisse peu à peu place à celle d’un jeune étudiant, éloigné des contraintes matérielles, sans vision à long terme, mais cherchant à faire des choses qui lui plaisent.
  • Finissons maintenant de déconstruire le mythe du polytechnicien brillant élève et du sportif excellent à tous les sports. Il intégra l’X non en 1/2 (eh, oui, ça arrivait parfois à l’époque !), ni en 3/2 comme les plus brillants, ni même en 5/2, comme beaucoup, mais en… 7/2 ! Ce n’est pas une tare, c’était assez courant à l’époque – environ 10% d’une promo. Mais nous commençons à nous éloigner fortement de l’image d’Epinal du fort en thème. Son frère, qui se garde bien de parler de son concours de 1922, prétend que son échec en 5/2 est dû à l’anglais. Pourtant, nous savons tous que, si on rate le concours, c’est souvent à cause des maths… Quant à son classement, il se passe de commentaires : 184/224 à l’intégration, 223/228 au passage en seconde année et 218/227 à la sortie. Sur ses performances sportives, bien que très honorables (certains des auteurs jugent toutefois son 3’18″ aux 1000 m en 3/2, à peine compensé par le 3’14″ en 5/2, un peu médiocre), c’est en zoubre6 (0 en 3/2, 0 en 5/2) et en escrime (0 en 3/2, 1 en 5/2) que les choses se gâtent7 . Une fois de plus, nous sommes loin de l’image de l’aristocrate accompli.

Le Pelley du Manoir, Yves Franz Loys Marie (X1924 ; 1904-1928)
Etat civil : Naiss. : 1904 le 11 08 : Vaucresson (Seine-et-Oise) ; mort en 1928 le 02 01
PERE : Mathieu Jules Marie René -
MERE Compte de Tallobre, Jeanne Gabrielle Marguerite Marie -
Adresse : 2 bis avenue des Sycomores- : Paris 16 (Seine)
Desc. phys. : Cheveux châtains – Front moyen – Nez moyen – Yeux châtains – Visage ovale – Taille 170 -
Scolarité : EXAMEN : Paris – CLASST : 184 – PASSAGE : 223e en 1925 sur 228 eleves – SORT : 218e en 1926 sur 227eleves CORPS : D.- en 1926-.
Rens. situa. : Ss-Lt Air – Accident d’aviation -

 

Image 1: Fiche matricule d’Yves Le Pelley Dumanoir


Reconstruire un mythe polytechnicien

  • Yves était-il capitaine du XV de l’X ? En soi cette question n’a pas énormément d’intérêt, si ce n’est de permettre à chaque capitaine sur le plateau de se prendre pour du Manoir… C’est très peu probable. Il n’y avait à l’époque pas de section sportive comme on peut les comprendre depuis la guerre, et l’équipe de rugby constituée pour le challenge « Albert Hardy », l’ancêtre du TSGED, créé en 1921 pour opposer l’ensemble des équipes des écoles militaires, a disparu en 1922 en même temps que cet éphémère challenge. Il était par contre capitaine de l’équipe de France militaire qui a joué contre les Anglais en 1925, ce qui lui a valu les louanges de la presse8. Et ça, c’est assez chic.
  • Yves surtout avait d’autres qualités qui en font un Carva accompli : il était beau, bien fait de sa personne, bon camarade (nous l’avons vu plus haut), sympa, drôle et ne se prenait pas au sérieux. Bref, LE cocon séduisant, l’X que vous auriez voulu être ou épouser, au choix !
  • Reste la question que nous attendons tous, que vous attendez tous : est-il possible qu’un homme aussi beau, aussi sympa et aussi mal classé ne soit pas missaire ? Cher lecteur, une fois n’est pas coutume, nous te laisserons décider : tu trouveras ci-dessous une photo de la Khômiss 1924 et, en médaillons, des profils d’Yves. Il ressemble assurément à l’élève un peu rêveur assis à droite… est-ce lui ?

yves du manoir et medaillons


Pour aller plus loin

Les auteurs ont vécu pendant près de deux mois avec Yves du Manoir, comme beaucoup de Français en 1926, ils ont développé une réelle affection pour lui. Si sa mort en service commandé l’a élevé à un rang de héros probablement usurpé, il est de ces personnalités qui ont forgé la légende de l’École. Le challenge Yves du Manoir a disparu, le Racing va abandonner le stade de Colombes et même si Montpellier, dans le stade qui porte son nom, entretient la flamme, l’X gagnerait à faire revivre la légende de ce jeune demi d’ouverture au crochet désarmant. Parmi nos camarades, on compterait peu de sportifs de haut niveau — probablement moins que d’ecclésiastiques —, nous nous attacherons à les recenser prochainement.

 


Extrait d’Élève à l’École, idole de la foule…, paru dans la JR N° 408 Octobre 1985.

Quand on connut la fin prématurée de ce champion de 23 ans, l’affliction du pays fut à la mesure de sa ferveur.
Vaucresson et Saint-Cast rebaptisèrent « Yves du Manoir » la rue où il était né et, celle où il avait sa maison familiale ; Paris donna son nom à une avenue du quartier des Ternes.
Le Racing Club de France créa, en sa mémoire, le Challenge du Manoir, compétition entre Clubs de Rugby de haut niveau, qui continue à se disputer annuellement. Une stèle fut élevée à Reuilly là où son avion s’était écrasé. Le Racing fit ériger au Stade Olympique de Colombes sa statue par le sculpteur Puiforcat et, honneur suprême, ce stade reçut, dès 1928, le nom de « Stade Yves du Manoir ».

Une telle somme d’honneurs, ce modèle de simplicité ne l’avait ni recherchée ni souhaitée. Peut-être se sent-il mieux à l’aise dans sa dernière demeure : au Père Lachaise, damier de sépultures pompeuses, il est un petit recoin silencieux, insolite, si escarpé que seuls certains emplacements ont permis de creuser des caveaux déjà séculaires, les intervalles étant livrés à une végétation touffue ; une allée étroite et déserte y serpente, comme un tronçon de sentier de randonnée. Là, sur une sobre dalle familiale on peut déchiffrer :

Yves Le Pelley du Manoir
Polytechnicien Officier Aviateur
1904-1928

 


Encadré : Eclairage familial et généalogique. Son arbre généalogique est ici : http://goo.gl/bL3qp9

Si son patronyme évoque le Cotentin, la mer et la Royale, avec à Granville en fin du XVIIIème un trisaïeul sieur Dumanoir, capitaine et corsaire, ses racines sont pourtant en France profonde, le Dauphiné du côté paternel, le Massif Central du côté maternel, d’une noblesse provinciale. A la restauration, Louis XVIII attribue le titre de Vicomte héréditaire à son arrière-grand-père par lettres patentes du 5 février 1816.

Par le jeu des alliances, les parents d’Yves ont du bien : le Vicomte, propriétaire rentier, est déclaré sans profession sur tous les actes d’état civil.

En fin du XIXème siècle, ils quittent le Dauphiné pour s’installer à Paris. La famille comprend dix enfants, cinq garçons et cinq filles dont trois décèdent avant la naissance d’Yves le 11 août 1904 dans la maison de villégiature de la famille à Vaucresson au 9 d’un chemin rebaptisé depuis rue Yves du Manoir.

Il fait sa prépa au Lycée Saint-Louis à Paris, après être passé, entre autres, par Saint-Louis-de-Gonzague et Ginette.


 Notes

1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_du_Manoir. Sauf que, maintenant, l’artcile Wikipedia commence à beaucoup ressembler à notre papier :-)

4 éliminé

5 logiciel dit « d’optimisation » des choix – en réalité de minimisation du nombre de mécontents – affectant les X entre les différentes armées, armes et services à l’issue de la Formation Militaire Initiale à La Courtine. A l’époque d’Yves du Manoir, la magouilleuse n’existait bien évidemment pas, le choix des armes se faisant au classement dit « mili »

6 équitation

7 Yves Le Pelley Du Manoir 1904-1928, René Le Pelley Dumanoir. Il est disponible à la BCX.

8 Historique de l’Ecole militaire de l’infanterie et des chars de combat: Avord, 1873-1879; Saint-Maixent, 1881-1927

 


Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier, pour leur aide :

  • Bibliographique, Olivier Azzola, de la BCX et Jean-Pierre Henry (X64), webmestre de www.lajauneetlarouge.com
  • Historique, Grégoire Fanneau de la Horie (X86)
  • Logistique, Hugo Levy-Heidmann (X11)
  • Marketing, les équipes de polytechnique.org
  • Iconographie, Monsieur Frédéric Humbert, au blog (rugby-pioneers.blogs.com) duquel ils ont « emprunté » une photo
  • A special Thank You ! to Paul & Marie Furlong for their gift to the BCX which gave us the idea of this research. http://goo.gl/RzINJV
  • Et, bien entendu, Hervé Kabla (X84), leur hébergeur favori

 Addendum

Preuve de la construction délibérée du mythe, cette bande-dessinée à caractère hagiographique parue dans « l’Equipe Juniors » au cours des années 50. Elle prend malheureusement trop de place pour être affichée dans le corps de l’article.

c’est ici : https://www.dropbox.com/s/khciblxi0hlc55a/BD%20YVES%20DU%20MANOIR.pdf

 

Yves du Manoir par PuyforcatYves du Manoir par Puiforcat

 

 

 

À propos de l'auteur

Uniformologue diplômé

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Commentaires (21)

  • Christophe Faurie

    L’uniforme n’est pas flatteur.
    Par ailleurs, le wikipedia anglais dit que ses parents étaient vicomtes.
    Il semble qu’il soit mort dans un accident, en volant dans le brouillard, par ailleurs.
    Ce qui est remarquable, finalement, est qu’à l’époque on pouvait se couvrir de gloire en jouant dans des matchs que l’on perdait…

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    • Alain BRACHON

      Quoi ? du Manoir, le Poulidor du rugby ?
      Il s’est effectivement crashé en plein vol à 23 ans le matin de France-Écosse 1928.

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    • Serge Delwasse

      Mon Cher Christophe,
      D’accord avec toi.
      Nous avons choisi cette photo, très peu connue, parce que nous avons trouvé qu’il y ressemblait à un… joueur de rugby.
      amitiés

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  • Michel Louis Lévy

    Pour info, j’ai passé une nuit en 2010 dans la résidence familiale de Yves du Manoir, proposée dans une « Smartbox », à 36500 Buzançais
    La salle à manger est aménagée en petit musée à la mémoire de Yves du Manoir

    http://www.boisrenault.fr

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  • Frederic Humbert

    Bonjour,
    Merci pour ces intéressantes recherches !
    Je me permets de partager ici une partie de l'iconographie que j'ai pu recueillir sur ce joueur : http://www.flickr.com/search/?w=27925507@N00&q=manoir
    Par rebond (ovale…), je voudrais attirer votre attention sur le destin tragique et très similaire de Marcel Noguès, athlète complet, "vrai" aviateur as de la guerre de 14-18, décédé en 1919 des suites d'un choc en jouant au rugby sous les couleurs du Racing à Colombes alors qu'il était élève à l'X…
    http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/rugbymen-grande-guerre-sujet_10706_6.htm#t89250
    http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/rugbymen-grande-guerre-sujet_10706_6.htm#t89260

    Répondre
    • Serge Delwasse

      Cher Monsieur,
      Merci pour votre commentaire et votre contribution
      Noguès est probablement moins « intéressant » pour nous parce que décédé très peu de temps après son intégration.
      Sa famille a édité sa bio. Nous allons la consulter et revenir vers vous, ou vers ce blog.
      Bien à vous
      Serge Delwasse

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    • Serge Delwasse

      Cher Monsieur,

      Après recherches, il apparaît :
      * Que l’ouvrage précité est une réelle hagiographie de Noguès, garçon parfait, beau, jeune, intelligent, à la morale sans ombre, croyant en la France et son destin, sans peur ni reproche, etc.
      * Que ses parents ne comprennent rien au sport puisqu’ils ne semblent jamais avoir compris que le « gamin » jouait au rugby et non au football
      * Qu’il avait – fort brillamment d’ailleurs – réussi le concours, mais que les résultats ne sont sortis qu’après sa mort. S’il est polytechnicien, il n’a donc jamais été polytechnicien.

      Pour résumer :
      * un X qui n’était pas X
      * une source peu fiable…
      * … et qui ne parle pas de rugby

      Autant dire que ça nous amuse moins :(

      Joyeux noël

      Répondre
  • Anonyme

    Noguès, Marcel Joseph Maurice (X 1919S ; 1895-1919)
    Il passe de l'artillerie lourde à l'aviation. Il est abattu le 13 avril 1917 à Sapigneul et fait prisonnier par le lieutenant Dossenbach, As allemand aux 15 victoires, pilote de l'escadre von Richthofen. Il s'évade le 22 mai 1917 et reprend le combat à la SPA 57 puis 172. Il est consacré As le 24 juillet 1918, après sa dixième victoire officielle. Grand sportif dans l'équipe de rugby du Racing-Club, il meurt accidentellement lors d'un match de rugby, à la suite d'un coup involontaire porté au larynx, le 5 octobre 1919 / — Refer. : Les As français de la Grande Guerre / D. Porret, 1983..

    Etat civil : Naiss. : 1895le 24 01: Paris; mort en 1919le 05 10

    Scolarité : Promo:1919S – EXAMEN : Strasbourg – CLASST : 016 -
    Rens. situa.: Élève à l'École – Lt Aé. – Acc. -

    Dossier mili: MEDAILLE:Médaille militaire, citation à l'ordre de l'armée (13/08/1917) -
    Autres rens. Ne figure pas dans le matricule, mais dans le registre du concours, le Callot et l'annuaire de l'A.X. Date et lieu de naissance in : "Marcel Noguès raconté par ses parents" L5 161. –

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    • Serge Delwasse

      Le registre de l’Ecole semble oublier
      * la LH (10 victoires, c’était automatique)
      * la croix de guerre

      Je pense qu’il n’a jamais dû entrer à l’Ecole – c’est pour cela qu’il n’est pas sur le registre matricule, étant décédé avant la rentrée scolaire 1919

      Répondre
  • je

    haaaaaa là c’est clair, l’auteur s’est attaqué à un mythe !
    mythe familial semble-t-il
    mais pour côté rugby du mythe, le ton de l’article correspond tout à fait avec l’image d’un Yves du Manoir rugbyman qu’on aurait aimé avoir comme camarade.

    Répondre
  • NERRAND CLAUDE

    Quatre vingt six ans après son décès, dans quelques jours, il vous semble découvrir, Yves Le Pelley du Manoir.
    Vous racontez sa vie comme si vous l’aviez connu, jalousé en mélangeant quelques faits et beaucoup d’inexactitudes.
    Moi j’habite Reuilly dans l’Indre, là où le 2 janvier 1928, Yves est décédé dans un accident d’avion-école.
    Ce jour-là, la champagne berrichonne était enfermée dans un épais brouillard. Le jeune aviateur avait quitté Avord, près de Bourges, pour effectuer dans son Caudron, un circuit Avord- Romorantin-Châteauroux-Avord.
    Il s’est perdu après Romorantin dans l’épaisseur du ciel complètement bouché et s’est déporté de 25 km environ de la ligne Romorantin-Châteauroux.
    On peut imaginer les minutes de frayeur du pilote.
    A Reuilly, il a sûrement cherché un repère et a largement baissé son avion. Une branche de peuplier de La Valterie a coincé une des roues et il a piqué.
    Voilà sa triste fin.
    Seul au milieu de la prairie, un monument simple rappelle ce tragique accident.

    C’est avec peine que je lis vos rappels sur sa vie. Encombrés d’inexactitudes.
    Mais c’est surtout ce dénigrement que l’on ressent dans votre texte qui blesse.
    Pourquoi voulez-vous mettre de l’ombre sur un grand sportif?
    Il a brillé dans le rugby et vous le reconnaissez même. Les médias de l’époque ont construits un petit héros.
    Pourquoi allez-vous fouiller dans sa généalogie qui est très belle, énorme même.
    Vous avez révélé (s’ils sont exactes) les positions dans les classements, que même encore, l’Ecole Polytechnique ne veut pas transmettre.
    Avec une force malsaine vous jugez ses possibilités assez faciles de sa vie.Il a bénéficié, bien sûr, comme beaucoup d’autres, d’un bon soutien familial.
    Vous oubliez de dire que la veille de l’examen d’entrée à Polytechnique son père était décédé et pourtant il a réussi….
    Je ne comprends pas l’esprit qui vous a pénétré pour écrire votre texte.
    Vous vouliez faire du mal à sa famille, ses amis et à ceux, encore, qui le considèrent comme un jeune garçon dynamique, sportif, apportant une image sérieuse et très modèle.
    Mais je ne le crois pas. Regardez un instant en vous-même, vous êtes surement meilleur que ce bout de papier.
    Je pourrais être votre grand-père et je suis désolé de vous le dire, cela n’est pas bien.

    Claude Nerrand, 81 ans, Président de l’Office de Tourisme de Reuilly en Berry.

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    • Alain Brachon

      Permettez à un autre grand-père dont vous pourriez être le frère plus vieux de 10 ans de réagir à votre commentaire.

      Les circonstances de la mort d’Yves que vous nous rappelez fort à propos sont décrites dans l’article de Maurice Brunet (X1928) « Elève à l’Ecole, idole de la foule… » auquel renvoie notre document. L’auteur, contemporain d’Yves, avait eu le loisir d’interroger les camarades de promotion d’Yves, parmi eux l’un de ses camarades de casert (chambrée), Louis Armand – oui l’immense Louis Armand – que j’entends encore raconter comment il avait accompagné Yves à un rendez-vous de l’équipe de France à Colombes, tous les 2 en grand U sur une motocyclette pilotée par Yves et lui juché sur le tansad.

      Tout ce qui est écrit dans cet article est puisé aux meilleures sources familiales ou d’état civil, et parmi elles bien évidemment le livre que son frère aîné René Fernand Marie a consacré à Yves et qu’il préface ainsi :
      « …Yves n’appartient pas qu’à nous ; d’autres ont également droit à son souvenir : amis d’enfance, camarades de travail ou de jeu, sportifs dont certains, suivant leur touchante expression, « allaient à Colombes pour voir jouer du Manoir », tous ceux enfin qui m’ont demandé ce livre en souvenir de lui… ».
      Oui, Yves du manoir était un champion exceptionnel que nous avons voulu réhabiliter car de nos jours peu de gens savent qui et quel sportif il était.
      Oui, son frère aîné l’avait réveillé dans la nuit du 5 juillet 1924 pour qu’il assiste aux derniers instants de son père et quelques heures plus tard, affronte la dernière épreuve du concours de l’X, une composition de Math de 4 heures…
      Ce que vous prenez pour de la suffisance d’avoir glosé sur ses rangs de classement n’est qu’une manière de potache de chambrer un camarade comme nous l’aurions fait avec lui à partir de ce que l’on disait ou écrivait déjà de lui et je suis certain qu’il aurait été le premier à partir d’un immense éclat de rire !
      Peut-on sérieusement douter que jouant en équipe première du Racing, 6 fois international comme élève dont 5 fois en première année, cette activité sportive débordante n’ait pas eu de répercussions sur son classement à l’X ?
      Oui, nous aurions voulu l’avoir comme camarade de promotion, comme camarade de rugby et surtout comme camarade missaire, puisque cela semble bien être acquis.
      Yves du Manoir appartient au patrimoine sportif français, mais est-ce lui manquer de respect si nous avons tenté de le décrire tel que nous avons acquis la conviction qu’il était : « trop simple pour affecter une gravité qui n’était ni de son âge, ni de son tempérament, trop modeste pour tirer vanité des études qu’il poursuivait brillamment ou de sa réputation d’athlète, il était aussi trop franc pour dissimuler sa nature : gaie, primesautière, presque enfantine » comme nous le présente son frère.

      Oui, je reconnais, nous avons commis un crime de lèse-majesté en mettant en doute l’orthographe actuelle en deux mots de son patronyme de naissance Dumanoir !
      Pourtant son père, le Vicomte, a toujours signé Dumanoir. A la sépulture en 1896 de ses 2 filles jumelles, il a fait graver Dumanoir leur épitaphe sur la pierre tombale du caveau familial où je suis allé me recueillir.
      Le changement en du Manoir n’est visible qu’à partir de 1924, avec la sépulture du Vicomte puis celle d’Yves et ensuite d’une partie de la famille.
      Le 26 février 1927 lors du mariage du frère aîné René Fernand Marie, il est mentionné en fin d’acte : « Lecture faite, les époux et témoins ont signé avec nous et Madame la Vicomtesse Le Pelley du Manoir, mère de l’époux, ont déclaré sous la foi du serment que le nom du Manoir devait s’écrire en deux mots, et non en un seul comme il a été orthographié sur l’acte de naissance de son fils et dans l’acte de décès de son mari. »
      Faites les 55 km de Reuilly jusqu’à Saint-Pierre-de-Lamps et là vous aurez tout le loisir de consulter l’acte en mairie, si jamais vous doutez !

      En dépit de nos recherches, nous n’avons trouvé trace nulle part d’un quelconque jugement d’un tribunal de première instance ou d’une publication au Journal Officiel qui vienne à l’appui de ce serment devant officier public.
      Aucune mention marginale en ce sens ne figure dans aucun des actes de naissance des frères d’Yves alors que l’arbre familial est pourtant riche en mentions marginales correctives, à commencer par l’acte de naissance de Mme la Vicomtesse, sa mère, ou encore celui du grand-père paternel d’Yves comme on peut le découvrir sur l’arbre en ligne (http://gw.geneanet.org/yveslepelleydumanoir_w).
      Nous corrigerions bien évidemment notre document en publiant tout document officiel que l’on nous communiquerait et qui infirmerait notre propos.

      Prenez connaissance de la nomination d’Yves à titre posthume, le 5 juin 1930, comme Chevalier de la Légion d’honneur (http://www.culture.gouv.fr/LH/LH130/PG/FRDAFAN83_OL1595027v001.htm) : elle est au nom d’Yves Le Pelley Dumanoir mais le récépissé daté du 29 octobre 1931 est signé de Mme du Manoir (Mère) 37 rue de la Tour, Paris…

      Tout cela n’a finalement d’importance que pour ceux qui tiennent absolument à cette particule.

      Répondre
  • germa

    Ces échanges sont très intéressants .
    Ils montrent la complexité du cas Yves du Manoir et parler de mythe à son sujet est bien fondé vu le décalage entre la réalité et la place qu’occupe sa mémoire et son nom dans l’espace public: comment le triste accident d’un jeune X en uniforme génère un héros. national qui échappe à sa famille!

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  • Christophe Faurie

    Je suis fasciné par la capacité de Serge à susciter des réactions vigoureuses.
    Son effet dépoussiérant serait bienvenu pour bien des sujets…

    Répondre
  • Alexandre Moatti

    Je pense que 85 ans après, on doit pouvoir discuter de tout, même si on s’attaque à des mythes. S. Delwasse le fait à sa manière, un peu provocatrice, sous le prisme de l’argot et des traditions de l’X qu’il est difficile de comprendre (et d’apprécier) quand on n’est pas issu de l’X (et même quand on en est issu, cela reste parfois assez ésotérique).

    On peut voir l’aspect positif, aussi : Delwasse a permis qu’on reparle d’YduManoir et qu’on le fasse connaître à nouveau, ce qui est une bonne chose. Il a surtout permis qu’un album de photos d’époque concernant YduM, qui avait échoué aux USA ait pu rejoindre via PriceMinister (!) la bibliothèque de l’X pour conservation au dossier YdM, et de cela nous remercions tout particulièrement S. Delwasse.

    Une précision historique toutefois sur une phrase qui a pu choquer la famille (le reste est plutôt une remise en perspective intéressante, cf. ce que font les science social studies avec les icônes de la science). En 1816, il y a une large ouverture des titres de noblesse par Louis XVIII. L’obtention du titre de comte/vicomte n’était donc pas de circonstance, spécifique à cette famille, mais s’inscrivait dans un mouvement politique plus large. La famille LE PELLEY Du MANOIR est A.N.F. (catalogue Valette), « Normandie (Granville), vicomte en 1816″, donc de noblesse attestée suivant les critères reconnus de nos jours.

    Alexandre Moatti
    Ingénieur en chef des Mines (X78)
    Président de la SABIX, Société des amis de la Bibliothèque et de l’Histoire de l’École polytechnique.

    Répondre
    • Serge Delwasse

      Mon Cher Alexandre,
      Merci de ton gentil commentaire
      J’insiste sur un point important : ce billet est un travail collectif de Brachon, Ricaud et moi. Comme dans tout travail collectif, chacun revendique la responsabilité pleine et entière de ce qui est écrit. Sachez cependant que la plus grand part du travail de recherche, que je considère comme remarquable, n’est pas de moi.
      Quant à la question de l’anoblissement en 1816, nous nous sommes contentés, sans le citer, et c’est un tort, de nous souvenir que l’article de Wikipedia consacré au vice-amiral Le Pelley Dumanoir (l’annuaire de l’ANF se trompe lui aussi en écrivant « du Manoir ») :

      « Lors de la bataille de Trafalgar, le 29 vendémiaire an XIV, il est à bord du vaisseau Le Formidable d’où il commande une division d’abord placée à l’arrière garde par l’amiral Villeneuve. Mais suite à un virement lof pour lof, sa division se retrouve à l’avant de la flotte franco-espagnole et est épargnée par l’attaque de Nelson qui coupe le centre et l’arrière garde. Pendant deux heures il semble ignorer les signaux de Villeneuve pour soutenir le centre de la flotte submergée par l’escadre de Nelson et reste spectateur immobile de l’action quoiqu’il ait sous ses ordres six vaisseaux dont le Formidable, le Duguay-Trouin, le Mont-blanc et le Scipion. Seuls l’Intrépide du capitaine Infernet et le Neptuno du capitan Valdés lui désobéiront et se jetteront au cœur de la bataille, à leur perte. Les 4 autres vaisseaux croiseront à petit distance et s’éloigneront sans avoir beaucoup combattu. Le 13 frimaire, étant arrivé en vue du cap Ortegal, il soutient, contre le commodore Strachan, un combat qu’il a cherché à éviter, perd ses quatre vaisseaux et, blessé à la tête, tombe au pouvoir des Anglais. Il reste quelque temps prisonnier sur parole et revient en France où se conduite lors de la campagne de Trafalgar est vivement condamnée, en particulier par certains des capitaines rescapés (Lucas, Infernet, et Villeneuve lui-même…).

      La disgrâce et l’exil

      Renvoyé devant un conseil d’enquête puis devant un conseil de guerre maritime en mars 1810, il est acquitté.

      L’Empereur refuse de l’employer tant il éprouve, comme l’opinion publique, de prévention contre lui. Mais en 1811, il le nomme commandant de la marine à Dantzig et le charge de la direction des convois sur la Vistule. Pendant le blocus de Dantzig, il rend des services. Après un an de siège, la place capitule et Dumanoir, qu’un éclat de bombe a blessé à la tête, est emmené prisonnier à Kiev. C’est de là qu’il envoie son adhésion aux actes du sénat qui prononcent la déchéance de l’Empereur et le rappel des Bourbons.

      Le retour en France

      Rentré en France au mois de juillet 1814, le roi le fait chevalier de Saint-Louis en 1815. Créé comte le 6 septembre, il commande la division navale qui conduit le marquis de Rivière, ambassadeur de Louis XVIII à Constantinople. Une ordonnance du 22 août 1816 avait réduit le nombre des contre-amiraux de 21 à 12. En 1817, conformément à cette ordonnance, la liste des officiers généraux qui doivent être conservés est dressée : Dumanoir y figure le premier.

      Le 24 avril de la même année, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur. Louis XVIII le nomme vice-amiral en 1819 et, le 23 août 1820, commandeur de Saint-Louis. »

      Nous sommes bien en face d’un homme, en parfaite disgrâce sous Napoléon, qui se rallie au roi. Nous n’avons rien écrit d’autre.

      Amitiés
      Delwasse

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  • Christophe Faurie

    Finalement, pas besoin de la NSA pour retrouver l’histoire d’une famille.
    Intéressante vision de Trafalgar. L’armée française n’était peut-être pas aussi unie que je le croyais.

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  • Lajoie (mais pas duc....)

    Ne pas oublier que le terrain d’honneur de l’X portait son nom, stade détruit pour accueillir l’ENSTA:

    https://10nplus3.polytechnique.org/uploads/Accueil/plansports.jpeg

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    • Alain Brachon

      Lajoie (mais pas duc….) : je me pose vraiment la question !
      C’est dommage de publier cette information totalement bidon et qui pouvait laisser supposer que l’X avait gommé de sa mémoire cet illustre ancien.
      Heureusement, il n’en est rien !
      Pour s’en assurer, il suffit de consulter le plan complet du Campus X-ENSTA à http://wikix.polytechnique.org/images/Campus_Polytechnique.png (du moins pour ceux qui possèdent les droits pour y accéder).

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  • Serge Delwasse

    Le billet a été légèrement modifié – à nouveau – pour introduire un nouveau scoop : il n’était pas 5/2, mais… 7/2 !

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