Deux ou trois questions à se poser au sujet de l’Iran

Le conflit larvé entre l’Iran et Israël, est passé du statut de guerre froide à un stade plus avancé, où on n’hésite plus à se parler par salves de missiles interposées. Avant de prendre position, j’invite ceux de mes lecteurs qui ne savent pas se prononcer sur la question à se poser quelques questions de manière à mieux comprendre l’enjeu de ces escarmouches, et ce qui peut se tramer si le conflit venait à s’envenimer.

L’Iran et Israël n’ont pas toujours été ennemis

C’est vrai, cela remonte à longtemps, à l’époque du Shah (je laisse volontairement dans l’oubli l’aide apportée par la Perse aux habitants de Judée déportés par Nabuchodonosor à l’époque du premier temple: l’Islam n’existait pas encore, et le « sionisme » d’Ezra le scribe ne posait pas de problème). La coopération entre les deux pays – échange d’armes contre du pétrole – dura peu, mais à une époque où le jeune état israélien ne comptait pas beaucoup de pays amis à majorité musulmane, cela comptait beaucoup. Bien sûr, les choses ont changé avec l’avènement du régime des mollahs, Israël est rapidement devenu le petit Satan. Mais un petit Satan qui aida l’Iran de Khomeini à combattre l’Irak durant la première guerre du golfe, celle qui opposa ces deux pays durant près d’une décennie. Et, ne l’oublions pas, l’Iran compte encore aujourd’hui une communauté juive forte de plus de 20000 membres !

La première question à se poser, est donc de savoir si la guerre entre l’Iran et Israël est fondée sur des critères historiques ou non ? La réponse est négative: la paix est possible entre les deux peuples, c’est uniquement une question de leadership.

La guerre froide est de retour

Les choses ont changé avec Mahmoud Ahmadinejad. Depuis près de quinze ans, l’Iran et Israël sont entrés dans une sorte de guerre froide. Le premier, dans une démarche stratégique offensive et multiple les fronts, en supportant le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza, notamment dans leur programme balistique, le régime syrien de Bachar El Hassad, et la révolte au Yemen; mais aussi en entreprenant un ambitieux programme nucléaire dont la finalité militaire n’est que trop évidente (cf. plus loin). De son côté, Israël répond à la fois par voie diplomatique – souvenez-vous de Netanyahou à la tribune de l’ONU – ou en effectuant des opérations ciblées très discrètes, comme la diffusion d’un virus spécialement conçu pour toucher les programmes informatiques utilisés dans les centrifugeuses iraniennes.


Bibi et la bombe à l’ONU, une photo devenue un meme sur Internet

La question à se poser, cette fois, c’est de savoir ce que font des troupes iraniennes à 1500km de leur capitale? La réponse est que l’Iran mène actuellement une politique d’encerclement de ses principaux ennemis, Israel et l’Arabie Saoudite. Au passage, on constatera que l’idée saugrenue d’aller envahir l’Irak et l’élimination de Saddam Hussein dont je me réjouissais pourtant jadis, ont créé un vide sidéral. Qui sait, si l’Irak était resté aussi fort, si son voisin iranien aurait pu mener la même politique internationale et exporter aussi bien ses gardiens de la révolution?

Quand Donald dit : non

Les médias – les médias français, surtout – insistent sur l’impact économique de la sortie de l’accord. Les entreprises qui avaient repris le business avec l’Iran vont devoir rompre leurs contrats, sous peines de sanctions dès lors qu’elles opèreraient sur le territoire US. Partout, les experts s’insurgent contre cette extension de facto du droit américain au reste du monde. C’est vrai que c’est un peu fort. Mais je doute que le gouvernement français soit plus tendre avec une entreprise qui chercherait à nuire à nos intérêts.

La question à se poser, est donc de savoir si la décision de Donald Trump est purement motivée par des critères économiques? La réponse est non. Et n’oublions pas que parmi les entreprises qui avaient intérêt à renouer des relations commerciales avec l’Iran, se trouve une petite entreprise basée à Seattle, du nom de Boeing. Perdre un marché de quelques 80 appareils, cela ne va pas se faire sans douleur.

Le dôme de fer aura-t-il un jour un jumeau?

Les Scud sont à la mode. On le sait au moins depuis l’invasion du Koweit par l’Irak en 1990. Israël n’a pas mis longtemps à comprendre ce que cela signifiait pour la sécurité de son petit territoire. Depuis plus de vingt ans, un programme de missile anti-missile a été développé, conjointement avec les USA. Il a abouti à ce qu’on appelle le Dôme de fer, un bouclier anti-missile qui a fait ses preuves durant l’été 2014, et qui a de nouveau été opérationnel la nuit passée. Mais en terme de conflit, un nouveau concept d’arme reste rarement l’apanage d’un seul bord. J’ai du mal à croire que l’Iran, aidé ou non par la Russie, ne développera pas un jour son propre dôme. Est-il déjà en projet ? Opérationnel ? Si j’étais à la place des dirigeants iraniens, je m’intéresserais d’abord à développer ce type de projet avant de développer l’arme nucléaire…

Le programme nucléaire iranien va-t-il aboutir à ce qu’on redoute tant?

Souvenez-vous, il y a quelques années, avant que l’accord avec l’Iran ne soit signé, Téhéran niait avoir entrepris d’enrichir son combustible à des fins militaires, tout en refusant l’accès de ses installations aux inspecteurs. L’accord signé devait permettre de mettre ce programme en pause, en échange de la fin de l’embargo. Mais une fois la déclaration de Donald Trump faite, qu’annonce le président iranien Hassan Rohani? Qu’il se tient prêt à reprendre l’enrichissement. Autrement dit, ce qui était nié auparavant peut reprendre allègrement.

Ira-t-il jusqu’au bout? Nul ne le sait. Mais le risque existe. Et je doute qu’un accord, quel qu’en soit sa teneur, puisse faire renoncer le gouvernement iranien à aller au terme de son programme.

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A propos de Herve Kabla

Hervé Kabla, président de Else & Bang, cofondateur de The Daily Finance et de la série des livres expliqués à mon boss avec Yann Gourvennec.

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