The Beekeeper
De tous les métiers liés à la nature, l’apiculture est l’un des plus étranges. Consacrant ses journées à une espèce et une seule, pouvant officier aussi bien en pleine nature que dans des centres plus résidentiels ou urbains, l’apiculteur joue à la fois un rôle d’éleveur et de protecteur des animaux dont il a la charge. La différence de terminologie entre le terme français (apiculteur) et le terme anglais (beekeeper) est, à cet égard, significative : le premier met l’accent sur l’élevage, le second sur la protection. Et à ce titre, il revient ç l’apiculteur, dans son acception anglaise, de faire le ménage lorsque la ruche est menacée, qu’il s’agisse d’une menace externe issue d’un essaim de frelons, ou d’une menace interne, provoquée lorsque la reine met au monde un rejeton peu scrupuleux ou peu attentif à la prospérité de ses congénères…
Apiculteur, c’est le job d’Adam Clay, incarné à l’écran par un Jason Statham au mieux de sa forme, bien qu’il approche la soixantaine. Enfin, son rôle pendant quelques minutes, avant qu’on ne comprenne, assez rapidement d’ailleurs, que son activité de « gardien de la ruche » s’entend aussi bien au sens propre qu’au figuré. Et quand la ruche est menacée, Jason alias Adam va basculer dans un mode beaucoup moins pacifique que son doux métier ne semble l’être. Bref, le miel va couler…
Le résultat, c’est un de ces petits films musclés mais pas trop sérieux, dont Jason Statham est le digne représentant depuis quelques années, avec un accent britannique en guise de cerise sur le gâteau. Il semble, à ce titre, avoir pris la relève de Chuck Norris (en mauvaise santé paraît-il), de Sylvester Stallone ou d’Eddie Constantine si on veut aller chercher un peu plus loin dans le répertoire francophone… Ne boudons cependant pas notre plaisir : on voit ce genre de film au scenario légèrement débile avant tout pour se relaxer en se moquant de la bêtise des gros bras musclés, en regardant des bagarres insensées plus divertissantes qu’un match de boxe.
Accessoirement et plus sérieusement, ce film est peut-être l’un des premiers à parler ouvertement de cybersécurité dans un cercle civil, ou tout au moins l’un des premiers à mettre en évidence l’une des menaces les plus fortes contre nos sociétés occidentales, celle des cyberattaques dont sont victimes des milliers de personnes un peu partout dans le monde. Exposant le déroulement d’une telle attaque rudement bien menée, il permettra sans doute à ses spectateurs de prendre la mesure des risques réels encourus par la société civile, et de mettre en évidence la tournure véritablement industrielle de cet univers. Dans sa fureur insatiable, Adam Clay va mettre à mal tout seul l’un des colosses de cet univers, réduisant en fumée les rêves des leaders de cette organisation dont ne réchappe, semble-t-il, que le middle management : un bel exemple d’humanisme à l’heure de l’IA et de l’innovation destructrice d’emplois…
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec














