La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob
Qui ne connaît pas Rabbi Jacob ? Ce film de Gerard Oury, sorti dans les années 70, fut un véritable succès en salles avec plus de 7 millions d’entrées. Et on ne compte plus ses rediffusions à la télévision. Il faut dire que les grimaces de Louis de Funès sont devenues légendaires, et que certaines scènes (l’usine de chewing-gum, l’arrivé Rue des Rosiers) ou certaines répliques (C’était Farès ? C’est effarant !, Salomon – Slimane, vous ne seriez-pas un peu cousins ?) sont devenues cultissimes.
Ce qu’on connaît moins, c’est le drame qui s’est joué lors de la sortie de cette comédie où un chef d’entreprise franchouillard passablement raciste se trouve malgré lui impliqué dans un imbroglio comprenant un rabbin orthodoxe new-yorkais de passage à Paris (j’irai revoir ma Normandie, laï laï laï laï laï laï laï laï…) et un ressortissant d’un pays du Maghreb, devenu l’opposant numéro un au régime, et kidnappé par les sbires du despote actuellement en place (toute ressemblance avec l’affaire Ben Barka est bien évidemment fortuite).
Ce drame se déroula le jour de la sortie du film en salles, lorsque l’épouse de Georges Cravenne, producteur du film, détourna le vol Paris-Nice pour exiger la mise sous scellés des pellicules, au prétexte que le film était totalement déplacé alors qu’Israel et ses voisins arabes étaient en guerre depuis près de deux semaines.
Je ne vous raconterai pas la fin de cette pièce, allez la voir pour connaître l’épilogue de cette sombre histoire, ou vous renseigner sur wikipedia si vous n’aimez pas le théâtre. Je vous conseille d’aller la voir, ne serait-ce que pour l’interprétation de Julien Cigana, incroyable de ressemblance avec Louis de Funès, à la fois physique et dans la gestuelle de ce grand acteur.
Néanmoins, le spectateur attentif notera quelques incohérences, qui peuvent passer inaperçues, mais qui finissent par gêner au fil du déroulement du spectacle. Incohérences dues à l’usage de termes ou d’expressions devenues courantes, mais complètement anachroniques pour l’époque à laquelle est censé se dérouler le drame dont il est question. Comme « glyphosate », un terme passé à la postérité depuis quelques années, mais totalement inconnu du grand public dans les années 70, où on parlait tout au plus de pesticides. Ou encore « conflit israélo-palestinien » : les années 60 et 70 sont marquées par le conflit israélo-arabe, entre Israel et ses voisins (la Syrie ou l’Egypte, en l’occurrence). Le conflit israélo-palestinien, lui, n’apparaît que 10 ou 15 ans plus tard, avec la première Intifada.
Ce n’est rien, mais ces petites anicroches ont éveillé en moi des soupçons, des soupçons d’agenda politique, de telle sorte que la pièce ne serait pas uniquement là pour raconter une histoire, mais pour faire passer un message, qui prend forme dans les dernières minutes de la pièce. J’en suis sorti passablement déçu, alors que tout le reste est de qualité, aussi bien le jeu des acteurs, que le décor et la scénographie – vraiment incroyable pour ce type de récit.
Bref, cette pièce – que je conseille néanmoins – relève de cette tendance à vouloir politiser tout message à caractère artistique. C’est à la fois navrant et ridicule.
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec
















